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La mission de Gemayel s’est déroulée sans la coopération du pouvoir

Le président Amine Gemayel a tourné en Amérique, au Vatican, en Jordanie, en France, et s’est même rendu en Irak. Il a rapporté ses entretiens à l’ambassadeur US comme à celui de Russie. Il reste à savoir s’il va exposer les résultats de son initiative au président Lahoud, ou se contenter de la conversation qu’il a eue avec le ministre Hammoud, rencontré par hasard à bord d’un avion. D’après son entourage, le président Gemayel aurait préféré coordonner son action, avant de l’entamer, avec les autorités de ce pays. Mais le climat n’étant pas franchement à la détente, ces contacts préparatoires n’ont pas eu lieu. L’ancien chef de l’État hésite, de même, à se rendre à Baabda, bien que le maître de céans actuel en ait déclaré les portes ouvertes à tous. En réalité, si M. Gemayel s’est dévoué, pour tenter d’utiliser son entregent international en faveur de la paix, ce n’est pas motu proprio. À l’origine se trouve une invitation officielle à visiter Bagdad que Saddam Hussein lui a adressée. Avant d’y répondre, il a préféré entreprendre des contacts exploratoires au-dehors. Il a d’abord sondé le Vatican et devait d’ailleurs rencontrer par la suite à Bagdad l’émissaire papal, le cardinal Roger Etchegarray. M. Gemayel a eu plusieurs contacts avec des dirigeants du Golfe, avant de se rendre à Amman. C’est ensuite qu’il a vu Saddam Hussein. Et ce qu’il en a entendu, ajoutent les mêmes sources, l’a encouragé à gagner les USA où il garde de solides amitiés. Qu’il a voulu mobiliser pour essayer de sauver la paix. En faisant valoir que le chef de l’État irakien est parfaitement conscient de l’imminence d’une frappe américaine. En route pour les States, M. Gemayel a fait une escale de contacts intensifiés à Paris. De sa tournée, il dégage des propositions qu’il s’abstient de claironner. On croit cependant savoir qu’elles répercutent en partie le souhait émirati de voir Saddam démissionner, partir de lui-même pour préserver son peuple des affres de la guerre. Mais les États-Unis, indique-t-on de même source, exigent que dans ce cas de figure, ils désignent eux-mêmes le pays d’exil du président irakien, ce qui est hors de question pour ce dernier. Une fois sa mission achevée, M. Gemayel en a rendu compte à Saddam Hussein. Qui l’a remercié de ses efforts bien que, de toute évidence, ils n’aient pas plus servi à parer le danger d’une guerre que les positions de puissances comme la Russie, la Chine, la France et l’Allemagne. Il semble en effet que l’appel aux armes soit pour les États-Unis une décision définitive s’inscrivant dans le cadre d’un vaste plan stratégique commençant par l’Irak mais ne s’arrêtant pas là. Le Liban, pour sa part, se protège en s’unifiant, comme l’atteste la vague de solidarité qui a suivi le communiqué des évêques maronites. Un texte renforcé par l’attitude de l’Église, du pape, qui condamne la guerre. Au point que la radio du Saint-Siège n’a pas hésité à accuser le président Bush de suivre une politique belliciste illégale autant qu’immorale. Ce comportement du Vatican a été vivement apprécié par le président Bachar el-Assad de Syrie. En effet, ses visiteurs ont pu l’entendre affirmer que sans la ferme position de l’Église beaucoup de méga-manifestations mondiales en faveur de la paix n’auraient pas eu lieu. La crise irakienne a resserré les liens entre les chrétiens et les musulmans. Le communiqué des évêques maronites a permis de montrer qu’aucune frange ne s’exclut de l’unanimité nationale, conclut le chef de l’État syrien, cité par la délégation reçue à l’issue de la marche libanaise pour la paix entre Beyrouth et Damas. De son côté, le président Lahoud a rendu hommage, en Conseil des ministres, au Vatican et aux prélats maronites. Le président Berry devait surenchérir en s’étonnant que les dirigeants des pays islamiques soient en retrait dans la lutte pour la paix par rapport à l’Église catholique. Quant au président Hussein Husseini, il s’est félicité que l’on ne puisse plus parler de choc des civilisations et des religions. De même, sayyed Nasrallah, leader du Hezbollah, a souligné que les médias ne doivent en aucun cas user du vocable « croisade », car les chrétiens en tant que tels restent manifestement aux côtés des musulmans. Tout cela contribue à un dialogue général de saine coexistence, au niveau national libanais. Émile KHOURY
Le président Amine Gemayel a tourné en Amérique, au Vatican, en Jordanie, en France, et s’est même rendu en Irak. Il a rapporté ses entretiens à l’ambassadeur US comme à celui de Russie. Il reste à savoir s’il va exposer les résultats de son initiative au président Lahoud, ou se contenter de la conversation qu’il a eue avec le ministre Hammoud, rencontré par hasard à bord d’un avion. D’après son entourage, le président Gemayel aurait préféré coordonner son action, avant de l’entamer, avec les autorités de ce pays. Mais le climat n’étant pas franchement à la détente, ces contacts préparatoires n’ont pas eu lieu. L’ancien chef de l’État hésite, de même, à se rendre à Baabda, bien que le maître de céans actuel en ait déclaré les portes ouvertes à tous. En réalité, si M. Gemayel s’est...