Jamais, depuis la guerre du Vietnam, des clivages aussi profonds n’étaient apparus aux États-Unis et ce, alors que la première bombe américaine n’a pas encore été lâchée sur l’Irak. Ce débat à l’échelle du pays est si passionné qu’il semble même avoir éclipsé l’unité née du choc des attentats du 11 septembre 2001. « Les Américains sont divisés, comme ils le furent pendant la guerre du Vietnam », affirme le professeur Maurice Isserman, auteur de America Divided : The Civil War of the 1960’s (1999). Selon lui, « ces divergences d’opinions rappellent celles qui existaient il y a trente ans » lors de la guerre du Vietnam, voire celles qui ont suivi l’élection présidentielle controversée de George W. Bush. Et plus les préparatifs s’accélèrent, plus les clivages au sein de la population se précisent et les questions émanant de l’opinion publique se multiplient. Une guerre sans la bénédiction de l’Onu ne risque-t-elle pas d’isoler l’Amérique ? De susciter des attentats ? De fragiliser l’économie ? D’entraîner de lourdes pertes au front ? « Cela crée des divisions entre hommes et femmes, entre Blancs et Noirs, jeunes et vieux, étudiants diplômés ou non, citadins et paysans », écrit le quotidien USA-Today. À titre d’illustration, un sondage publié lundi par la firme Zogby America montre qu’une guerre contre l’Irak est soutenue par 62 % des Blancs tandis que 75 % des Noirs y sont opposés. Selon une autre enquête Gallup-USA-Today, les jeunes de 18 à 24 ans, bien que majoritairement pour la guerre (57 %), sont moins enthousiastes face à cette perspective que ceux entre 25 et 29 ans (71 %). Un autre sondage, réalisé par la chaîne de télévision CBS, montre que 52 % des Américains souhaitent que les inspecteurs de l’Onu disposent de plus de temps, 44 % étant favorables à une intervention militaire rapide. « Avec la menace grandissante d’une guerre, les foyers américains sont aussi divisés que le sont les Nations unies », écrit le quotidien californien San Jose Mercury News. Jan Love, professeur à l’Université de Caroline du Sud et ancien manifestant contre la guerre au Vietnam, observe que « cette fois, les opposants se recensent parmi les pères de famille, les femmes au foyer, les étudiants », et non plus au sein de la génération « hippie ». Ces derniers mois, les divisions se sont affichées dans la rue où se tiennent régulièrement des manifestations pacifistes d’une ampleur sans précédent depuis l’époque de la guerre du Vietnam. « Il y a un lourd climat de suspicion à l’égard des autorités dans ce pays », constate le professeur Isserman, qui enseigne à l’université Hamilton (État de New York). L’historien table sur un climat plus favorable à l’égard du président Bush dans les jours qui suivront le déclenchement de la guerre. Mais, ajoute-t-il, « à long terme, lorsque les Américains verront que la démocratie n’est pas instaurée rapidement en Irak, que 200 000 soldats y sont stationnés pendant un an, c’est alors que le vrai prix politique de cette guerre devra être payé ».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Jamais, depuis la guerre du Vietnam, des clivages aussi profonds n’étaient apparus aux États-Unis et ce, alors que la première bombe américaine n’a pas encore été lâchée sur l’Irak. Ce débat à l’échelle du pays est si passionné qu’il semble même avoir éclipsé l’unité née du choc des attentats du 11 septembre 2001. « Les Américains sont divisés, comme ils le furent pendant la guerre du Vietnam », affirme le professeur Maurice Isserman, auteur de America Divided : The Civil War of the 1960’s (1999). Selon lui, « ces divergences d’opinions rappellent celles qui existaient il y a trente ans » lors de la guerre du Vietnam, voire celles qui ont suivi l’élection présidentielle controversée de George W. Bush. Et plus les préparatifs s’accélèrent, plus les clivages au sein de la population se...