Du fait du hasard du calendrier et de leur qualité de membres non permanents du Conseil de sécurité de l’Onu, la Guinée, le Cameroun et l’Angola se retrouvent sur le devant de la scène internationale et en position inconfortable d’arbitres dans la querelle opposant Paris et Washington dans le dossier irakien. Ces trois pays n’ont sans doute jamais été autant courtisés par les grandes puissances (États-Unis, France, mais également Grande-Bretagne), qui ont dépêché tour à tour auprès de leurs dirigeants des émissaires chargés de les convaincre de voter, les uns « pour », les autres « contre », la guerre en Irak. Très lourde, la responsabilité des « petits » pays pourrait toutefois s’être quelque peu allégée hier, la France et la Russie ayant clairement dit qu’elles mettraient si nécessaire leur veto à une résolution autorisant la guerre en Irak. Ce qui ne garantit pas que la guerre n’aura pas lieu sans l’aval de l’Onu. « Tout le monde (...) sait que le droit de veto sera utilisé, mais cela n’exclut pas la guerre », qui est même « inévitable », a d’ailleurs déclaré le ministre angolais des Relations extérieures, Joao Bernardo de Miranda, à l’occasion de la visite à Luanda du ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. L’Angola, sorti il y a moins d’un an d’une guerre civile de 27 ans, semblait jusqu’alors vouloir éviter une guerre à l’Irak. Mais le gouvernement angolais a besoin d’une aide conséquente pour reconstruire le pays, qui fournit les États-Unis en pétrole et pourrait difficilement se passer des investissements américains. De plus, l’affaire de la vente illégale d’armes par la France à l’Angola en 1993 et 1994 continue à jeter une ombre sur les relations entre Luanda et Paris, où des poursuites judiciaires sont toujours en cours. La fragilité économique et les besoins financiers pèsent aussi dans la balance du choix que doivent faire les deux autres pays africains du Conseil de sécurité, même s’ils se défendent d’être perméables à des pressions purement mercantiles. Au classement du « développement humain » établi par le Programme de l’Onu pour le développement (Pnud), le Cameroun est 135e, la Guinée 159e et l’Angola 161e, sur une liste de 173 pays. S’étant longtemps prononcé résolument pour la poursuite des inspections de l’Onu en Irak, le Cameroun, par la voix de son ambassadeur à l’Onu, s’est montré plus nuancé vendredi dernier, en invitant le Conseil de sécurité à une décision consensuelle pour forcer l’Irak à désarmer. « Nous sommes en faveur des inspections, mais elles ne devraient pas se prolonger indéfiniment », a-t-il déclaré. La France reste le premier partenaire commercial du Cameroun, ancienne colonie majoritairement francophone possédant deux provinces anglophones. Majoritairement chrétien et animiste, ce pays a aussi une forte minorité musulmane (22 %), plus hostile à une guerre en Irak que le reste de la population, qui semble passive. La perspective d’une guerre en Irak n’est peut-être pas non plus la préoccupation première des Guinéens, qui manifestaient hier à Conakry contre la vie chère. Mais, musulmans à 90 %, ils comprendraient sans doute mal que leur gouvernement soutienne une guerre en Irak. La France compte vraisemblablement sur ce sentiment. Mais elle n’a pas pour autant la partie facile avec son ancienne colonie, qui entretient avec elle des relations complexes et parfois conflictuelles. À l’opposé, les États-Unis apportent à la Guinée une assistance militaire conséquente, achètent sa bauxite et lui ont proposé en octobre, via leur secrétaire d’État adjoint aux Affaires africaines, Walter Kansteiner, un « nouveau partenariat de développement économique ». M. Kansteiner est revenu à Conakry en février et, après M. de Villepin hier, c’est aujourd’hui au tour de la secrétaire d’État britannique pour l’Afrique, Valerie Amos, de défendre au Cameroun, en Angola et en Guinée le point de vue de Londres dans le dossier irakien.
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