Lydie est congolaise, veuve, mère de huit enfants, dont des jumeaux nés d’un viol commis par des militaires. Au Congo, où les périodes d’accalmie ne sont que de brefs répits entre deux guerres, « nous sommes nombreuses » dans la même situation, assure la jeune femme devant la caméra du réalisateur sénégalais Moussa Touré. Une autre jeune femme, venue avec Lydie chercher conseil auprès d’une assistance juridique, dit et répète : « To zali e bélé », « nous sommes nombreuses » en lingala, une des langues parlées de part et d’autre du fleuve Congo. Le front barré d’un pli de douleur, avec quelquefois des larmes aux yeux ou le regard vide, quelques-unes de ces femmes meurtries « dans leur chair et dans leur dignité » ont confié leur histoire à Moussa Touré, parti au Congo pour réaliser au départ Poussière de villes, un documentaire de 52 minutes sur les enfants de la rue. Une fois sur place, « je me suis rendu compte que certains de ces enfants étaient les fruits de viols », explique le réalisateur sénégalais après la projection de son film au Centre culturel français de Ouagadougou, à l’ouverture du « Côté doc du Fespaco » (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou). Une Congolaise rencontrée à l’aéroport d’Abidjan lui donne les coordonnées de Lydie, il la contacte et, à travers elle, d’autres victimes. Puis le film naît, documentaire de 52 minutes financé notamment par les Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) et pour la population (Fnuap), ajoute-t-il. Les quatre lettres « Au Congo, près de 53 % des femmes ont été violées », affirme Moussa Touré, précisant que cela ne représente cependant que les situations « connues », de nombreuses autres préférant encore se taire. « Je ne voulais en parler à personne, j’avais honte... C’est le psychologue qui l’a dit à ma mère », qui s’alarmait de voir sa fille enceinte, bien après le décès de son gendre, indique Lydie. Interrogée par le réalisateur, une autre jeune femme avoue n’avoir jamais dit à son copain qu’elle avait été violée. « Il risque un jour de me lancer ça à la figure, ça me ferait mal. » Une autre regrette que les habitants du quartier où elle vivait précédemment aient eu vent de ce qui lui était arrivé. « On se moquait de moi et on disait que j’avais “ les quatre lettres ” », le sida, raconte-t-elle. Du déclenchement de la guerre de 2000 jusqu’en mars 2001, l’hôpital Makélékélé de Brazzaville a recensé « 342 personnes violées, dont 184 mineures. Et parmi ces mineures, 90 étaient âgées de 2 à 13 ans » au moment des faits, indique dans le film une source médicale anonyme. « De ces viols sont nés 53 enfants (...), sans compter les mort-nés. » Pour Moussa Touré, les témoignages de ces femmes peuvent non seulement attirer l’attention du public sur leur situation, mais aussi lutter contre l’impunité des violeurs, trop souvent laissés libres, dans l’assurance de ne jamais être inquiétés. Évoquant aussi la crise en Côte d’Ivoire, le réalisateur sénégalais a dit craindre que de nombreux viols soient également commis dans ce pays. Selon lui, quand l’attention ne sera plus focalisée sur le régime et les rebelles, « on va se rendre compte qu’il y a plein de Lydie » en Côte d’Ivoire.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Lydie est congolaise, veuve, mère de huit enfants, dont des jumeaux nés d’un viol commis par des militaires. Au Congo, où les périodes d’accalmie ne sont que de brefs répits entre deux guerres, « nous sommes nombreuses » dans la même situation, assure la jeune femme devant la caméra du réalisateur sénégalais Moussa Touré. Une autre jeune femme, venue avec Lydie chercher conseil auprès d’une assistance juridique, dit et répète : « To zali e bélé », « nous sommes nombreuses » en lingala, une des langues parlées de part et d’autre du fleuve Congo. Le front barré d’un pli de douleur, avec quelquefois des larmes aux yeux ou le regard vide, quelques-unes de ces femmes meurtries « dans leur chair et dans leur dignité » ont confié leur histoire à Moussa Touré, parti au Congo pour réaliser au départ...