Rechercher
Rechercher

Actualités

FESTIVAL AL-BUSTAN Konstantin Scherbakov, ou la virtuosité absolue(photo)

La rencontre des titans. Un compositeur inspiré et un interprète hors pair. La mélodie russe dans toute sa pureté et un champion de l’ivoire du clavier, voilà l’étincelante troisième soirée du Festival al-Bustan. Happy few (le public des pianophiles fait-il peau de chagrin ?) par ce temps de bourrasque pour un concert exceptionnel, où Konstantin Scherbakov (diplômé du Conservatoire Tchaïkovski à Moscou) a magistralement interprété en exclusivité des pages de Sergueï Vassilievitch Rachmaninov. Accents éminemment romantiques pour le dernier des romantiques, servis par un pianiste au talent à couper le souffle. Ouverture avec une Élégie (n°1 tirée des Cinq morceaux de fantaisie, op 3) donnant d’emblée l’atmosphère tourmentée et habitée d’étranges silences et formulations de celui qui fut encouragé pour ses premières œuvres par Tchaïkovski. Premières mesures diaphanes et rêveuses d’une narration ample et faussement sereine, où la mélodie évolue lentement comme un fleuve tranquille aux flots pourtant constamment menaçants. Petite et grave méditation ponctuée de notes opalescentes et luisantes comme des lucioles dans le velours de la nuit. Suivent une valse, une barcarolle et une humoresque (tirées de Sept morceaux de salon op 10) où Rachmaninov fait déployer avec grâce et agilité les froufrous des robes sous les lustres à cristal tandis que se répand l’odeur du thé dans les samovars, puis emmène l’auditeur sur les rives frileusement ensoleillées des lacs aux clapotis caressants, pour finir dans des humeurs plus ludiques et changeantes où les touches du clavier, martelées ou à peine effleurées, résonnent d’un monde éclatant de lumière vive. « Sœur de la poésie et fille de la tristesse », cette musique, telle que définie par Rachmaninov lui-même, demeure ici d’un déroutant lyrisme abstrait (le mot est encore de lui). Toujours à l’ombre du romantisme et de sa cape, battant et bravant tous les vents, Les variations sur un thème de Chopin, op 22. Lointaines sonorités et rapprochements furtifs d’un prélude du voyageur polonais pour cette œuvre-hommage brillantissime, avec tout ce que cela implique d’impétueux, de fougueux et surtout de périlleux d’une partition aux embûches, contorsions et entourloupes techniques redoutables. Après l’entracte, reprise d’un riche parcours qui s’échelonne sur plus de quinze ans d’écriture musicale, car les œuvres interprétées respectaient l’ordre chronologique de leur composition. Et ainsi arrivent, successivement, avec leur tumulte et invention mélodique, les Études-tableaux op 33 et 39. Jeu puissant pour révéler, tel un faisceau stroboscopique, l’âme russe dans ses multiples facettes et sa plus profonde nature. Incendiées et incendiaires, telle une spirale aux rebondissements irrépressibles, avec ses chromatismes enflammés ou opalescents, ces études ne sont que prétexte à un habile symbolisme où se révèle une personnalité nerveuse et angoissée. Colorés, chatoyants, peuplés d’une faune bigarrée et d’une végétation luxuriante, ces tableaux sont saisissants d’une beauté singulière. Une beauté où le sens du tragique et de l’élévation ne dort jamais en paix sur la même page ou dans la même phrase. Accents déchirants, exaltation, tempérament que rien n’embrigade et ne satisfait, une lumière mélancolique et sereine, voilà le souffle magnétique d’un clavier littéralement déchaîné, mais absolument maîtrisé sous les doigts de Konstantin Scherbakov qui connaît parfaitement le poids et la mesure de chaque note. Et qui les distille, non avec prodigalité ou parcimonie, mais à bon escient, avec une remarquable efficacité de comptable à qui rien n’échappe. Surtout dans la palette confuse des sentiments inextricables… En rappel, tel un prolongement à l’esprit des pièces-fantaisies pour piano auxquelles Tchaïkovski a souscrit et donné son sésame, Scherbakov offre un passage pétillant de fraîcheur et de vivacité, délicieusement «sucré», tiré de Casse-Noisette. Non assouvi, le public en demande davantage. Pour terminer, comme une leçon de sagesse, mis l’aspect brio à part, voilà les mystérieuses et limpides images sonores du Pérpétuum mobili de Weber, fuyant comme des gouttes de mercure. Les dernières notes évanouies, l’auditeur reste un peu étonné de tant de vélocité, d’emportement, de beauté et surtout de talent. Pour tout dire, décoiffant, décapant. À couper le souffle, et ce n’est là guère une figure de style. Edgar DAVIDIAN
La rencontre des titans. Un compositeur inspiré et un interprète hors pair. La mélodie russe dans toute sa pureté et un champion de l’ivoire du clavier, voilà l’étincelante troisième soirée du Festival al-Bustan. Happy few (le public des pianophiles fait-il peau de chagrin ?) par ce temps de bourrasque pour un concert exceptionnel, où Konstantin Scherbakov (diplômé du Conservatoire Tchaïkovski à Moscou) a magistralement interprété en exclusivité des pages de Sergueï Vassilievitch Rachmaninov. Accents éminemment romantiques pour le dernier des romantiques, servis par un pianiste au talent à couper le souffle. Ouverture avec une Élégie (n°1 tirée des Cinq morceaux de fantaisie, op 3) donnant d’emblée l’atmosphère tourmentée et habitée d’étranges silences et formulations de celui qui fut encouragé...