La tragique destruction de la navette Columbia intervient au terme d’une longue série d’incidents lors desquels la Nasa a frôlé la catastrophe depuis un an. Le décollage de Columbia le 16 janvier était le premier tir d’une navette réalisé en temps et heures par l’agence spatiale américaine depuis 22 mois, plusieurs lancements étant marqués par de graves incidents techniques au cours de l’année écoulée, selon des données de la Nasa et d’autres sources de haut niveau. Cette mission STS-107, achevée dans l’horreur samedi après 16 jours d’expériences scientifiques en orbite, avait elle-même un an de retard. Elle avait dû être repoussée plusieurs fois pour céder la place à des vols plus urgents vers la Station spatiale internationale (ISS), où des équipages résidant en orbite attendaient la relève. Avant Columbia, c’est la navette Endeavour qui avait rencontré les plus récents problèmes en novembre 2002, son lancement devant être repoussé de plusieurs semaines en raison d’une fuite d’oxygène détectée dans l’un des circuits du véhicule orbital alimentant l’équipage. Plus grave, un mois plus tôt lors du lancement d’Atlantis, les astronautes n’avaient dû leur salut qu’au bon fonctionnement d’un système de secours, qui, s’il n’avait pas répondu, aurait provoqué l’explosion de la navette au sol. Durant ce lancement, les quatre charges explosives libérant la navette de son pas de tir au décollage n’avaient pas opéré, et quatre autres charges prévues pour suppléer aux premières avaient heureusement rempli leur fonction, permettant à la navette, dont les moteurs étaient déjà mis à feu, de s’arracher du sol. « La navette est vieillissante. L’entretien et l’amélioration de ces infrastructures ont été repoussés. Malheureusement, au lieu de s’améliorer, la situation empire chaque année. Si les réparations continuent à être retardées, on atteindra un point de non-retour », avertissait en mars 2002 un rapport du Conseil pour la sécurité aérospatiale, composé d’experts indépendants. En avril 2002, Richard Blomberg, président de ce conseil, présentait sa démission et déclarait au Congrès : « Je n’ai jamais été aussi inquiet pour la sécurité de la navette spatiale que je le suis aujourd’hui. Mon instinct me suggère que l’approche actuelle sème les graines d’un danger futur. » Tout au long de l’année 2002, les lancements ont été affectés par une série de problèmes techniques qui touchaient souvent les équipements au sol, mais parfois aussi au cœur de la navette. Ainsi en mars, c’était déjà la navette Columbia qui avait rencontré des problèmes durant sa phase d’ascension en orbite, faisant envisager à la Nasa un retour d’urgence sur Terre. Dans les minutes qui avaient suivi ce lancement, les ingénieurs de la Nasa au centre de contrôle de la mission à Houston (Texas) avaient détecté une baisse de pression sur une portion de l’un des deux circuits de refroidissement au fréon de la navette. Ce circuit de refroidissement défectueux était l’un des deux systèmes de Columbia pour éviter la surchauffe des équipements électroniques de bord. Un seul système de refroidissement étant nécessaire pour le vol, la Nasa avait décidé de poursuivre la mission et les astronautes avaient pu mener à bien la réparation du télescope spatial Hubble. En avril, à peine un mois plus tard, la Nasa devait faire face à un nouveau problème, cette fois sur un équipement au sol. La rupture d’une alimentation en hydrogène sur le pas de tir quelques heures avant le lancement de la navette Atlantis avait repoussé le décollage de plusieurs semaines. Le compte à rebours avait été interrompu alors qu’un nuage blanc s’élevait à la base du pas de tir. Il s’agissait d’une rupture sur la conduite d’évacuation de l’excédent d’hydrogène pendant le remplissage du réservoir de la navette contenant quelque deux millions de litres de comburant nécessaires à sa mise en orbite. L’usure des systèmes de roulement des deux plates-formes mobiles transportant les navettes jusqu’à leur pas de tir avait également causé plusieurs retards de lancement au centre spatial Kennedy durant l’été 2002, poussant plusieurs experts du programme spatial à s’alarmer des risques provoqués par les restrictions budgétaires imposés à la Nasa et le vieillissement des équipements.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La tragique destruction de la navette Columbia intervient au terme d’une longue série d’incidents lors desquels la Nasa a frôlé la catastrophe depuis un an. Le décollage de Columbia le 16 janvier était le premier tir d’une navette réalisé en temps et heures par l’agence spatiale américaine depuis 22 mois, plusieurs lancements étant marqués par de graves incidents techniques au cours de l’année écoulée, selon des données de la Nasa et d’autres sources de haut niveau. Cette mission STS-107, achevée dans l’horreur samedi après 16 jours d’expériences scientifiques en orbite, avait elle-même un an de retard. Elle avait dû être repoussée plusieurs fois pour céder la place à des vols plus urgents vers la Station spatiale internationale (ISS), où des équipages résidant en orbite attendaient la relève....