La reprise des pourparlers israélo-palestiniens au lendemain du triomphe électoral d’Ariel Sharon dépend de sa capacité à convaincre les travaillistes de se joindre à son cabinet, mais surtout de l’issue d’un possible conflit en Irak, estimaient hier les analystes. La relance d’un processus de paix moribond est liée non seulement à la nature de la coalition que mettra sur pied M. Sharon, « mais aussi à la guerre en Irak et l’évolution de la situation au sein de l’Autorité palestinienne », souligne le professeur israélien Eitan Gilboa, de l’université Bar-Ilan, près de Tel-Aviv. Au lendemain du discours du président américain George W. Bush perçu comme ayant accru les chances d’un conflit, M. Gilboa estime même que « tout dépend de l’Irak ». « À mon avis, rien ne peut être fait tant que la question de l’Irak n’aura pas été résolue d’une manière ou d’une autre », poursuit-il. Dès l’annonce de la victoire de son parti aux législatives, M. Sharon a montré qu’il entendait être prêt si les États-Unis tentaient de sortir le conflit israélo-palestinien de l’impasse après en avoir fini avec le régime de Saddam Hussein. Il sait que dans un tel cas de figure, il ne pourra pas dire non à M. Bush. Il a ainsi annoncé qu’il interprétait le succès de son parti, le Likoud, comme une approbation par l’électorat de son programme qui envisage à terme la création d’un État palestinien indépendant. C’est dans cette optique qu’il veut à tout prix mettre sur pied un gouvernement d’union nationale avec les travaillistes où il occuperait le centre, afin de ne pas être à la merci de l’extrême droite et des partis religieux, opposés à un État palestinien. Le problème est que le chef des travaillistes, Amram Mitzna, a exclu toute participation à un cabinet d’union nationale, menaçant de faire perdre à M. Sharon le bénéfice de sa victoire dans les urnes. Il reste toutefois pour M. Sharon « l’espoir qu’un événement externe, comme une guerre en Irak, change la position des travaillistes », estime M. Gilboa. Le Premier ministre semble penser qu’en cas de deuxième guerre du Golfe, avec le risque de voir des missiles irakiens s’abattre sur Israël comme en 1991, M. Mitzna ne pourrait pas refuser d’entrer dans un gouvernement de crise, sous peine de se mettre tout le pays à dos. C’est en tout cas ce qu’il a laissé entendre dans son discours de victoire, où il a appelé de manière répétée à l’union nationale en la justifiant par la poursuite des attentats palestiniens, l’aggravation de la crise économique et « la menace irakienne (qui) pèse sur nos têtes ». Mais même si M. Sharon parvenait à former cette coalition, il faudrait, pour relancer les négociations, que M. Bush soit disposé à s’y impliquer après un conflit en Irak. Sur ce point, le mystère restait entier au lendemain de son discours sur l’État de l’Union, où il n’a consacré qu’une phrase à Israël et aux Palestiniens. « Cela vous montre où sont les priorités en ce moment », a commenté un diplomate sous le couvert de l’anonymat. Quant à l’attitude des États-Unis après un conflit dans le Golfe, « cela dépendra de ce qui se passera en Irak », poursuit-il. Si Washington triomphe, « alors il est possible que Bush se consacre ensuite à Israël », explique ce diplomate, mais ce n’est même pas certain, car « il peut choisir de se concentrer sur la Corée du Nord ou sur l’économie américaine, autrement dit sur les élections de 2004 à la Maison Blanche ». Les États-Unis « ont évité jusqu’à maintenant d’exercer de grosses pressions sur Sharon, et je ne pense pas que ça changera », dit-il. Reste enfin un dernier facteur qui rend très douteuse une percée : l’attitude des groupes armés palestiniens. M. Sharon a posé une condition absolue à la reprise des négociations, celle d’un « arrêt du terrorisme ». Mais les pourparlers interpalestiniens qui viennent de se terminer au Caire ont confirmé que les groupes armés n’avaient pas la moindre intention de suspendre, encore moins de cesser, leurs attentats-suicide en Israël. Tant qu’ils maintiendront cette attitude, une reprise du processus de paix restera du domaine des illusions.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La reprise des pourparlers israélo-palestiniens au lendemain du triomphe électoral d’Ariel Sharon dépend de sa capacité à convaincre les travaillistes de se joindre à son cabinet, mais surtout de l’issue d’un possible conflit en Irak, estimaient hier les analystes. La relance d’un processus de paix moribond est liée non seulement à la nature de la coalition que mettra sur pied M. Sharon, « mais aussi à la guerre en Irak et l’évolution de la situation au sein de l’Autorité palestinienne », souligne le professeur israélien Eitan Gilboa, de l’université Bar-Ilan, près de Tel-Aviv. Au lendemain du discours du président américain George W. Bush perçu comme ayant accru les chances d’un conflit, M. Gilboa estime même que « tout dépend de l’Irak ». « À mon avis, rien ne peut être fait tant que la...