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Violon d’Ingres... Robert Khouri, médecin malgré lui (photo)

Il aurait aimé, si c’était à refaire, si c’était possible, « être garde-chasse, au Canada, ou gardien de phare, en Bretagne »! Ce médecin malgré lui a été à notre grand bonheur un imminent cardiologue et de son plein gré un historien bavard qui a fait de ses centaines de documents plusieurs livres à déguster pour le plaisir. endredi, je ne suis plus médecin, je suis cultivateur. » Rendez-vous sera donc pris avant le jour fatidique de la métamorphose, encore que le Dr Khouri, les mains pétrissant la terre, ce doit être un vrai régal ! Dans cette pièce retirée de son appartement d’Achrafieh où le « hakim » reçoit encore amicalement quelques fidèles qui viennent lui demander conseil, il nous offre son bureau, la place du maître, s’installe à celle du patient, l’ami, puis il nous regarde avec ses grands yeux clairs et souriants et dit d’une voix gaie pleine de malice : « J’aimerais qu’on se connaisse mieux avant que je ne vous parle de “mon fils”, le livre que je viens de pondre. » Pour mieux se connaître, il s’agit donc d’avoir tout son temps, le docteur n’aime pas qu’on le bouscule, de partager un bon café et de l’écouter raconter sa vie, une longue histoire ponctuée d’anecdotes, de souvenirs et d’hommages, comme il a raconté l’histoire de La médecine au Liban de la Phénicie à nos jours, dans un ouvrage paru en 1987. Comme il a raconté l’histoire des premiers médecins et celle des malades, des maladies, sur ce même ton léger et drôle qui le caractérise. L’histoire d’un médecin « Je suis entré en faculté à 16 ans et j’ai obtenu mon diplôme à 23 ans. J’aurais dû faire tout sauf la cardiologie, mais j’ai été élevé par ma mère, une maîtresse-femme, dans le culte de khalo Philippe. » L’oncle Philippe Kfoury fut à l’origine de la découverte de la cuti-réaction à la tuberculose et le seul Libanais alors à l’Académie française de médecine. Sur les pas de son oncle ce héros, il ira se spécialiser en France puis à Londres, sera le disciple des professeurs Godel puis Lenègre et reviendra au pays ouvrir sa première clinique à la rue Béchara el-Khoury, bien plus imprégné par ces rencontres que par les diplômes acquis. « Mes seuls clients étaient les habitants du quartier qui voulaient que je leur prenne leur tension. » Lorsqu’il a un premier patient, un vrai, et qu’il encaisse 15 livres, il s’en va offrir le butin à sa mère qui s’écrie : « Comment ? Tu lui as pris de l’argent ? » Lorsqu’elle comprit que cet argent était légitime et lorsque Robert comprit qu’il était encore fort insuffisant pour vivre, il commença à travailler avec le Dr Toufic Rizk. « Je lui dois tout », l’apprentissage du sang-froid en même temps que celui du métier. « Je te donne un patient, s’il meurt, c’est fini », lui dit-il en lui confiant un premier cas, le Cheikh Akl druze de surcroît. La guérison du malade eut lieu trois nuits blanches plus tard ; ce fut le début d’une carrière de cinquante ans et d’une collaboration sans faille. La médecine sera, depuis ce jour, faite pour le docteur Khouri d’amitié. Ainsi, avec la complicité d’un groupe de collègues, il crée la Société libanaise d’histoire de la médecine, afin de « collecter l ’histoire de la médecine libanaise » Il rédigera également de nombreux articles, des documents médicaux ou historiques, deux ouvrages, Références des grandes étapes en cardiologie et chirurgie cardio-vasculaire, suivi de Références des grandes étapes en gastro-entérologie. Alors, « exemple, exemple », voilà le docteur en train de raconter les aventures d’une rixe qui a mal tourné à Karm el-Zeitoun en … 1898, de l’origine du mot « Miserere »: «Quand le diagnostic d’occlusion intestinale tombait, les femmes partaient en compagnie de quelques religieuses chanter les psaumes de David», etc, etc. À la retraite depuis deux ans, il continue d’accumuler des informations dans des dizaines de volumes d’archives pour qu’ il puisse en faire des livres, si l’envie le prenait. Dans son prochain ouvrage, incessamment sur le marché, intitulé Liban 1860, chronique des évènements, le docteur a déposé la blouse blanche pour raconter la bataille de 1860 entre les maronites et les druzes. « J’ai toujours été communisant, un partisan de la paix. » Cet homme de cœur, pour qui le cœur n’a plus de secret, abandonne un moment son humour légendaire et précise enfin : « Je n’étais pas fait pour la médecine, j’étais engagé auprès de chaque malade. Lorsque j’en perdais un, je faisais mon deuil seul à Faraya pendant trois ou quatre jours.» Puis, très vite, il se reprend et lance: «J’aurais dû faire dermatologue !» Carla HENOUD
Il aurait aimé, si c’était à refaire, si c’était possible, « être garde-chasse, au Canada, ou gardien de phare, en Bretagne »! Ce médecin malgré lui a été à notre grand bonheur un imminent cardiologue et de son plein gré un historien bavard qui a fait de ses centaines de documents plusieurs livres à déguster pour le plaisir. endredi, je ne suis plus médecin, je suis cultivateur. » Rendez-vous sera donc pris avant le jour fatidique de la métamorphose, encore que le Dr Khouri, les mains pétrissant la terre, ce doit être un vrai régal ! Dans cette pièce retirée de son appartement d’Achrafieh où le « hakim » reçoit encore amicalement quelques fidèles qui viennent lui demander conseil, il nous offre son bureau, la place du maître, s’installe à celle du patient, l’ami, puis il nous regarde avec ses...