C’est avec une dérision non dissimulée que la querelle du cellulaire est désormais accueillie dans certains milieux diplomatiques et financiers de Beyrouth, qui craignent par-dessus tout que cette affaire ne nuise à la réputation du Liban à l’étranger. Les derniers échanges qui ont opposé les responsables au sujet du volume des recettes de ce secteur ont fait dire à un diplomate étranger que la dispute a fini par sombrer dans le ridicule. Pour cet ambassadeur, s’il est, en effet, concevable qu’un litige éclate à propos de l’interprétation de textes juridiques ou constitutionnels, en revanche, une querelle entre ministères portant sur la réalité de chiffres défie le bon sens. Le diplomate n’hésite pas à enfoncer le couteau : en arithmétique – en tout cas dans les États où il existe un minimum de transparence –, deux et deux ne peuvent faire que quatre, dit-il, et non six ou huit, sauf dans les pays où l’on a l’habitude de manipuler les chiffres et de changer les bases du calcul. Les financiers et les hommes d’affaires ne sont pas en reste. Ils sont nombreux à souligner que le Liban officiel ne peut que perdre de sa crédibilité auprès des États amis, en particulier ceux qui lui fournissent de l’assistance et des prêts, lorsque ces derniers constatent que des dirigeants libanais se querellent non point sur des nominations ou sur l’application de lois, mais sur la détermination des volumes réels des recettes d’un secteur aussi important que celui de la téléphonie mobile. Une querelle qui, de plus, ne manque pas de donner lieu à des échanges d’accusations et d’invectives. Ces financiers s’interrogent sur les raisons pour lesquelles les responsables se laissent aller à ces polémiques plutôt que de chercher à résoudre le problème au sein du Conseil des ministres, où il serait possible de discuter sur la base de chiffres plutôt que de se lancer des insultes par médias interposés. D’autant que l’affaire ne concerne pas uniquement le ministre des Télécommunications et son collègue des Finances, mais touche aussi le chef du gouvernement. Le Conseil des ministres est par excellence l’instance au sein de laquelle le contentieux pourrait être tranché sur la base des chiffres réels, poursuivent ces hommes d’affaires. Et si, malgré tout, le litige se poursuivait, il serait alors possible de se présenter devant le Parlement pour que celui-ci dise son dernier mot. Ces financiers se demandent d’ailleurs pourquoi, en cas de poursuite de la querelle des chiffres au sein du gouvernement, le président de la Chambre ne prendrait pas l’initiative de convoquer l’Assemblée à une séance spéciale qui serait consacrée à l’examen de ce dossier sous tous ses angles. Ainsi, l’opinion publique pourrait connaître la vérité, et cela quelle que soit l’issue des négociations entre le ministère des Télécommunications et les deux opérateurs de téléphonie mobile sur le contrat de gestion. Il est, en effet, du droit des gens de connaître les vrais chiffres et de s’assurer qu’il n’y a pas de gaspillage de fonds publics dans cette affaire, poursuivent ces financiers. En outre, sur le plan strictement politique, ils soulignent que le Conseil des ministres doit pouvoir trancher en ce qui concerne la position du ministre des Télécommunications, Jean-Louis Cardahi. Soit ce dernier a raison, et il faudrait alors que le Conseil des ministres confirme cela par une décision officielle, soit il a tort, et il devrait alors être poussé à la démission. En tout état de cause, estime-t-on dans les mêmes cercles, il est honteux – n’ayons pas peur des mots – que toute cette querelle se poursuive hors du cadre du Conseil des ministres et de la Chambre des députés, parce que cela est susceptible de porter atteinte d’abord à la réputation du Liban à l’étranger, mais aussi à la transparence que le pouvoir actuel s’était engagé à respecter. Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats C’est avec une dérision non dissimulée que la querelle du cellulaire est désormais accueillie dans certains milieux diplomatiques et financiers de Beyrouth, qui craignent par-dessus tout que cette affaire ne nuise à la réputation du Liban à l’étranger. Les derniers échanges qui ont opposé les responsables au sujet du volume des recettes de ce secteur ont fait dire à un diplomate étranger que la dispute a fini par sombrer dans le ridicule. Pour cet ambassadeur, s’il est, en effet, concevable qu’un litige éclate à propos de l’interprétation de textes juridiques ou constitutionnels, en revanche, une querelle entre ministères portant sur la réalité de chiffres défie le bon sens. Le diplomate n’hésite pas à enfoncer le couteau : en arithmétique – en tout cas dans les États où il existe un minimum de...