Le Caire s’est gardé de tout commentaire après un accrochage meurtrier dimanche entre l’armée israélienne et un commando infiltré d’Égypte, une affaire embarrassante pour l’Égypte qui joue un rôle d’intermédiaire dans la recherche de la paix entre Israéliens et Palestiniens. La radio et la télévision nationales ont mentionné l’accrochage, survenu dimanche soir, sans préciser qu’il avait eu lieu à la frontière entre les deux pays, et l’agence de presse officielle Mena a fait l’impasse. Deux « terroristes » et un soldat israélien ont été tués, et deux autres soldats israéliens blessés dans cet accrochage, selon un communiqué militaire israélien, qui ne précise pas si les « terroristes » sont des Palestiniens. La fusillade a éclaté près de Nitzana, dans le désert israélien du Néguev qui borde le Sinaï égyptien, « quand une unité de l’armée qui effectuait une patrouille de routine a été visée par les tirs d’un commando de deux terroristes infiltrés dans le pays », selon l’armée israélienne. L’unité visée a riposté et « une autre unité, arrivée en renfort, a abattu les deux terroristes qui transportaient une importante charge explosive et disposaient de deux fusils d’assaut Kalachnikov et de nombreux chargeurs », a précisé l’armée. En Égypte, l’attention des observateurs a par ailleurs été attirée par un autre incident, qui s’est produit le même jour dans le centre du Sinaï, impliquant des bédouins. Selon un responsable de l’hôpital proche d’el-Arish, deux bédouins ont été admis dimanche soir dans l’établissement. L’un d’eux, blessé par balle dans le dos, a succombé à ses blessures. L’autre était blessé à la joue. Le responsable a nié tout lien avec l’affrontement en Israël, expliquant qu’il s’agissait d’une bagarre, et écartant ainsi l’hypothèse que les Bédouins auraient été mêlés au passage du commando en Israël. L’infiltration en Israël, par l’Égypte, d’éléments armés, quelle que soit leur nationalité, ne peut que provoquer l’embarras des autorités égyptiennes, qui restent toujours très discrètes sur les incidents à sa frontière avec Israël. Le Caire s’abstient ainsi de réagir lorsque des balles perdues israéliennes atteignent des Égyptiens à Rafah, la ville coupée en deux, entre Égypte et bande de Gaza, par la frontière contrôlée par l’Égypte et Israël. De même, la presse gouvernementale, dont les attaques contre Israël sont quotidiennes, commente rarement les tentatives isolées, et parfois suicidaires, de jeunes Égyptiens, d’entrer illégalement à Gaza pour aller combattre aux côtés des Palestiniens. L’Égypte, premier pays arabe à avoir signé la paix en 1979 avec Israël, ne réagit pas non plus publiquement aux annonces régulières par l’armée israélienne de destruction de tunnels servant, selon elle, à faire passer des armes d’Égypte aux Palestiniens de Rafah. L’armée israélienne a annoncé fin décembre avoir détruit le 50e tunnel de ce genre découvert selon elle en trois mois, dans le secteur. Bien qu’ayant rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv, reprochant à Israël « l’usage excessif de la force » contre les Palestiniens, l’Égypte poursuit son rôle de médiateur entre Palestiniens et Israéliens, et évitant soigneusement de donner la preuve d’une quelconque implication dans les affrontements. Les relations sont nettement moins fréquentes avec l’actuel gouvernement d’Ariel Sharon qu’elles ne l’étaient avec les travaillistes, sous Ehud Barak. Mais le ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmed Maher a reçu mercredi dernier un conseiller du Premier ministre israélien, Ephraïm Halévy. Par ailleurs, les Égyptiens, régulièrement sollicités dans leur rôle de « médiateur » de paix par Washington et l’Union européenne, parrainent depuis plusieurs mois des contacts interpalestiniens. Mais ces efforts égyptiens, qui visent à obtenir un « moratoire » sur les attentats suicide palestiniens en échange d’une relance du processus de paix, n’ont pour l’instant pas abouti.
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