Du sel le plus commun, du chlorure de sodium (NaCl), vient d’être détecté par une équipe d’astronomes français et américains dans l’atmosphère ténue d’un des quatre gros satellites de Jupiter, Io, a annoncé l’observatoire de Paris-Meudon (OBSPM) dans une étude publiée par la revue «Nature». Très certainement produit par émission volcanique, la présence de ce composé « fournit une explication » aux nuages de sodium atomique que les astronomes observent depuis une trentaine d’années autour de cet objet céleste de 3 640 kilomètres de diamètre, une taille voisine de celle de la Lune, estime l’équipe de chercheurs conduite par Emmanuel Lellouch (OBSPM). Satellite galiléen de Jupiter, comme Europe, Callisto et Ganymède (parce que découverts par Galilée en 1610), Io semble constituer un phénomène unique dans tout le système solaire : il est le siège d’une intense activité volcanique, découverte en 1979 par la sonde américaine Voyager, en même temps que la présence d’une atmosphère ténue de dioxyde de soufre (SO2) autour du satellite. Cette atmosphère, selon des observations plus récentes, a une faible pression à la surface de Io : de l’ordre du nanobar (soit un milliardième de celle qui règne à la surface de la Terre). Apparemment concentrée dans une bande équatoriale, elle semble produite en partie par émission volcanique et en partie par l’évaporation des glaces de SO2 qui recouvrent la surface de Io. Un constituant mineur Ses composants sont essentiellement le dioxyde de soufre (SO2), le monoxyde de soufre (SO) et le soufre diatomique (S2), mais on y trouve également du sodium (Na), découvert en 1974 sous la forme d’un « nuage » grossièrement centré sur l’orbite de Io, et du chlore sous forme atomique et ionisé (Cl+), détecté en 1990. Ce chlore est aussi abondant que le sodium, alors que celui-ci est quinze fois plus abondant que le chlore dans l’Univers. L’origine commune de ces deux éléments, au sein du composé NaCl, était donc soupçonnée. Elle est maintenant prouvée. En janvier 2002, au cours d’une campagne d’observations avec le radiotélescope de 30 mètres de diamètre de l’IRAM (Institut de radioastronomie millimétrique), Etienne Lellouch et ses collègues ont ainsi détecté, à deux fréquences (143 et 234 gigahertz), la présence de chlorure de sodium dans l’atmosphère de Io. « Dans la mesure où la pression de la vapeur du sel est totalement négligeable, ce NaCl ne peut être à l’équilibre avec la surface; sa présence doit être la conséquence directe de l’activité volcanique », estime l’équipe de chercheurs. Le fait que ce sel ne se trouve que dans des endroits bien délimités de l’atmosphère du satellite conforte par ailleurs cette explication. Ce chlorure semble néanmoins un « constituant mineur » de l’atmosphère de Io : les chercheurs évaluent sa quantité entre 0,3 et 1,3 % de celle du dioxyde de soufre, « donc notablement moins que dans les prédictions ». L’explication : sa durée de vie très courte (quelques heures au plus) et son origine, limitée aux seuls volcans du satellite. D’après les calculs d’Etienne Lellouch et ses collègues, les volcans de Io émettent entre vingt et quatre-vingts milliards de milliards de milliards de molécules de NaCl par seconde. Une faible proportion de ces molécules quitte Io sous forme moléculaire (0,1 %) ou atomique après photolyse (1 à 2 %). La majorité retombe au sol où elle condense, ce qui pourrait expliquer, pour une part du moins, la couleur blanche de certaines régions du sol du satellite.
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