Depuis six mois, la nouvelle économie subit de sévères corrections : les cours des technologiques chutent sur les différentes places boursières de même que les valorisations excessives attribuées jusqu’à récemment à des sociétés qui n’ont encore jamais réalisé aucun bénéfice. Ces derniers mois, sur le Nasdaq américain et sur les «nouveaux marchés» français, allemand ou belge, se sont bousculées des jeunes pousses aux fortes ambitions expansionnistes (Internet, commerce électronique, services informatiques, jeux vidéos, télécommunications etc...) qui n’ont encore jamais gagné un sou. Les cours de ces sociétés ne se sont pas moins envolés à la fin 1999 et au début 2000, les investisseurs spéculant sur les croissances de ventes plutôt que sur les perspectives bénéficiaires. Leurs valorisations ont atteint des sommets inconnus jusqu’alors. Aujourd’hui, cette bulle spéculative s’est en partie dégonflée, si l’on rapporte le cours de ces valeurs de la nouvelle économie à leur chiffre d’affaires, constate une étude de Regent Associates, un cabinet de fusions-acquisitions, spécialiste de la technologie en Europe. Selon cette étude, les 578 sociétés Internet cotées aux États-Unis et les 228 traitées sur les marchés européens valaient à la fin septembre 1 016 milliards de dollars (1 160 milliards d’euros), soit l’équivalent de 14 fois leur chiffre d’affaires cumulé estimé pour 2000. Au début de l’année, les cours de la moitié de ces sociétés représentaient 36 fois leur chiffre d’affaires cumulé 1999, toujours selon Regent Associates. Les fournisseurs de contenus sur Internet, dont les cours avaient flambé jusqu’au 10 mars (début de la correction sur les marchés), se payaient en moyenne 123 fois leur chiffre d’affaires en début d’année contre 21 fois actuellement, indique Philippe Nataf, directeur de Regent Associates à Paris. Pour les éditeurs de logiciels pour Internet, la correction a été nettement moins sévère, note le cabinet. Le ratio est passé de 34 à 28, toujours calculé sur le chiffre d’affaires. Toutefois, malgré la correction, des sociétés présentent encore des valorisations vertigineuses si on les rapporte à leurs premiers bénéfices, selon Regent Associates. Celle du broker allemand Consors Discount représente 1 672 fois son premier profit, la banque allemande sur Internet Net.IPO 4 420 fois, et Internet Technology, un groupe britannique de commerce, 3 837 fois. En Belgique, Best of Internet se paye 4 739 fois ses bénéfices naissants. Sur le nouveau marché parisien, la bulle s’est dégonflée également mais on relève encore des valorisations importantes, relève Jacques Chahine Finance (JCF) : Bourse Direct se payait 251 fois son c.a. à la fin septembre contre 484 six mois plus tôt, Cross Systems 172,5 contre 466, Kalisto 110 contre 252. Aux États-Unis, les multiples de valorisation des sociétés de la nouvelle économie – un peu plus «âgées» qu’en Europe – sont plus faibles : celui de Yahoo atteint 308 fois ses bénéfices, Lycos 392, Ebay 700 et AOL 107.
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