L’ancien président russe Boris Eltsine raconte dans ses Mémoires à paraître sa démission subite le 31 décembre dernier, «bombe politique» qu’il révèle avoir décidée seul, et avec soulagement, car il était «très fatigué», selon des extraits diffusés dans la presse hier. «J’appelle mon secrétariat et demande que l’on convoque Poutine à 9h30. J’ouvre une chemise rouge, avec les décrets (de démission). (...) Dieu merci ! Et je signe avec soulagement et satisfaction», raconte Boris Eltsine dans ces extraits publiés hier dans l’hebdomadaire Argumenty i Fakty. «Je jette un regard à Poutine. Il reste impassible. Et sourit un peu gêné. Je lui serre la main et lui dis “félicitations”», raconte encore l’ancien président. «Désormais je ne réponds plus du bouton nucléaire. Peut-être aurai-je moins de problèmes d’insomnie?», écrit-il. Et le président Eltsine, «le cœur léger», quitte le Kremlin – «que la neige est blanche au Kremlin !» –, dans «le feulement particulier des pneus de la voiture blindée». «Tout de même je suis fatigué. Très fatigué», raconte encore avoir pensé Eltsine, qui affirme avoir alors été appelé par Bill Clinton et «lui avoir demandé» de le rappeler «plus tard». La seule personne à avoir été au courant de la décision, deux semaines à l’avance, était M. Poutine, alors Premier ministre, écrit-il. Dans un entretien à l’hebdomadaire également publié hier, l’ancien président russe révèle d’ailleurs que ce troisième et «définitif» livre de Mémoires relate surtout «la recherche d’un homme politique fort qui pouvait prendre le relais, poursuivre les réformes et renforcer le pouvoir de l’État». «Cet homme s’appelait Vladimir Poutine», souligne Boris Eltsine dans ses Mémoires. «Je pense que je ne suis pas prêt à cette décision, Boris Nikolaïevitch», aurait cependant déclaré lors d’une première entrevue sur le sujet, le 14 décembre, M. Poutine, qui devait par la suite devenir président par intérim, puis être élu chef de l’État en mars. Une réponse qualifiée de «doutes d’un homme fort» par Boris Eltsine, qui raconte n’avoir pas vraiment laissé le choix à son Premier ministre et lui avoir dit qu’il aurait lui aussi «voulu vivre sa vie autrement». Dès lors, raconte-t-il, il partageait avec Vladimir Poutine «un plan commun» de transmission du pouvoir. «J’ai toujours aimé prendre seul les décisions», écrit encore l’ancien président, qui affirme que sa famille et ses principaux conseillers n’ont été mis au courant qu’au dernier moment, étant par ailleurs «habitués» à son «caractère, aux improvisations et aux surprises». Parmi ses proches, M. Eltsine, aujourd’hui âgé de 69 ans, raconte avoir d’abord informé sa fille Tatiana. «Papa, bravo!», lui aurait alors déclaré celle-ci. Plus tard, Boris Eltsine s’est adressé à sa femme. «Naïna, j’ai décidé de démissionner. Regarde mon allocution à la télévision», aurait-il dit, se voyant répondre : «Quel bonheur, Boria, enfin!» «Grand-père, tu es un vrai héros», lui a dit sa petite-fille, Katia. Les ministres et les généraux réunis au Kremlin «ont tous suivi (l’allocution) en silence. Certains avaient les larmes aux yeux», selon M. Eltsine. «Nous avons bu du champagne», raconte encore le président, qui estime dans l’entretien publié mercredi «avoir de quoi être fier en tant que président». Le livre, intitulé Un marathon présidentiel, et qui contient, selon M. Eltsine, «toute une galerie de portraits» dont ceux d’Helmut Kohl, Jacques Chirac et Bill Clinton, doit sortir en Russie la semaine prochaine, puis dans plusieurs pays occidentaux.
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