L’aisance affichée, parfois de manière ostentatoire, par des islamistes armés amnistiés suscite l’irritation d’Algériens qui s’étonnent du train de vie de certains «barbus repentis», alors que le pays traverse une grave crise économique. «Le gouvernement laisse parader et s’installer, avec des moyens dont on ne cherche pas trop à savoir comment ils ont été acquis, des criminels qui ont tué et égorgé en toute impunité», n’hésite pas à affirmer Noredine, un cadre algérois, faisant allusion aux milliers d’islamistes armés graciés par le président Abdelaziz Bouteflika depuis janvier dans le cadre de sa politique de réconciliation nationale. L’attitude souvent provocatrice des islamistes repentis, graciés parce qu’ils n’avaient en principe pas de sang sur les mains, est fortement critiquée par les familles victimes de leurs violences qui ont fait plus de 100 000 morts depuis 1992. Ces familles ont du mal à comprendre que des «assassins» puissent circuler impunément, et, pour certains d’entre eux, afficher un train de vie n’ayant rien à voir avec celui qu’ils avaient avant de «monter» au maquis. La presse se fait régulièrement l’écho de cas d’anciens émirs (chefs) de maquis ou d’islamistes armés repentis se pavanant dans des voitures neuves, investissant dans des commerces florissants, voire dans des compagnies de transport nécessitant des financements importants, tandis que les Algériens se débattent dans de grandes difficultés. L’Algérie connaît en effet une grave crise sociale, conséquence de son passage à marche forcée d’une économie socialiste obsolète de type soviétique à une économie libérale tentant de rattraper le train de la mondialisation. Le salaire minimum algérien est de 6 000 dinars par mois (550 FF) et le taux de chômage est officiellement de 29 %. Renouer avec les menaces Le quotidien l’Authentique citait récemment le cas d’un émir de l’ouest du pays, auteur de massacres entre 1993 et 1999, auquel a été attribué un logement social tant recherché par les Algériens confrontés également à une pénurie dramatique dans ce secteur. Cet émir possède une voiture dont le prix correspond à plusieurs années de salaire d’un travailleur, selon ce journal. Ne se déplaçant qu’accompagné de deux gardes du corps, il a pu aussi obtenir une ligne pour un téléphone portable et a été «tiré au sort» pour aller en pèlerinage à La Mecque. La presse avait fait état cet été de l’installation comme «propriétaire terrien» de Madani Mezrag, ancien chef de l’Armée islamique du salut (AIS, la branche armée du Front islamique du salut dissous), dans la région de Jijel. Madani Mezrag n’a pas hésité à «investir» dans cette région côtière de l’est, là où lui-même et ses hommes ont opéré contre l’armée et les civils refusant l’implantation d’une république islamique en Algérie. Il a conclu, en octobre 1997, un accord de cessez-le-feu avec l’armée et a été amnistié en janvier dernier avec ses partisans. Outre l’étalage d’«acquis sociaux», des repentis n’hésitent pas à renouer avec les menaces. La présidente de l’«Association des victimes du terrorisme» de Larbaâ, une bourgade aux portes d’Alger, où ont été perpétrés de nombreux massacres, y compris ces derniers mois, affirmait cette semaine avoir été menacée par des repentis, parce qu’elle ne portait pas le voile islamique. «Avec l’aide de Dieu nous vous égorgerons tous. As-tu vu la manière dont tu es accoutrée», lui a assené un repenti, a-t-elle raconté au quotidien Le Matin.
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