Les pressions exercées sur la livre libanaise depuis la mi-septembre se sont relâchées cette semaine sur le marché des changes de Beyrouth. Les craintes d’une éventuelle crise politique liée à la formation d’un nouveau gouvernement le mois prochain, qui étaient à l’origine de ces pressions, ont commencé à se dissiper à la suite d’informations faisant état d’un consensus à ce sujet. La demande du dollar, qui avait pris une certaine ampleur auparavant, s’est nettement contractée dès lundi sans pour autant céder la place à un développement de l’offre en cette monnaie qui est restée très réticente à se placer même au haut de la fourchette d’intervention de la Banque du Liban (BDL) maintenue en l’état entre 1 501,00 LL à l’achat et 1 514,00 LL à la vente. Pourtant, nombre d’opérateurs, qui s’étaient positionnés en dollar, auraient estimé devoir rester sur la défensive en attendant l’échéance gouvernementale d’ici jusqu’à la mi-octobre par précaution. Cette attitude semble expliquer la grande réticence du marché à la vente du billet vert en dehors de la BDL, malgré le peu d’intérêt manifesté vis-à-vis de cette monnaie dont la demande ne devait en aucun cas dépasser cette semaine le cadre des besoins commerciaux courants du pays. Cela étant, la devise américaine, dont le taux moyen indicatif continuait à être invariablement fixé de lundi à vendredi à 1 507,50 LL, comme depuis le 9 septembre 1999, devait être pratiquement négociée au point supérieur d’intervention de la BDL, soit à 1 514,00 LL, en l’absence de contreparties valables à la vente en dehors d’elle. Mais eu égard à la contraction de la demande du billet vert, l’activité sur le marché interbancaire s’est nettement ralentie par rapport à la semaine dernière. En effet, le volume d’affaires hebdomadaire est tombé de plus de 100 millions de dollars la semaine dernière à moins de 40 millions de dollars cette semaine, entièrement placés à la vente par la BDL à 1 514,00 LL, comme auparavant selon les milieux cambistes. Bonne tenue de l’euro malgré le « non » danois cette semaine À l’étranger, l’euro a bien résisté cette semaine en dépit de la victoire prévue, puis confirmée, des opposants à la monnaie unique au Danemark, le marché faisant preuve de prudence face aux menaces d’intervention des Banques centrales occidentales en cas de faiblesse de la monnaie. Les opposants à l’entrée du Danemark dans la zone euro l’ont emporté la veille lors du référendum par 53,1 %, confirmant ainsi la plupart des sondages parus depuis le début de la semaine. L’euro, qui était passé sous 0,85 dollar vendredi dernier, s’est repris brutalement après une intervention musclée sur les marchés (entre 6 et 7 milliards de dollars en euros), menée par la Banque centrale européenne (BCE) accompagée de la Réserve fédérale américaine (Fed) et des Banques centrales du Japon, d’Angleterre et du Canada. La monnaie européenne s’est légèrement repliée lundi dernier, tout en se maintenant au-dessus de 0,87 dollar, puis elle s’est raffermie mardi, autour de 0,88 dollar, alors que le marché prenait peu à peu conscience de la force de frappe dont disposent les Banques centrales. De ce fait, l’euro est resté mercredi, à la veille du référendum danois, aux alentours de 0,88 dollar. Mais, jeudi, quelques heures après la publication des résultats du référendum, la monnaie unique s’est légèrement affaiblie, passant sous la barre de 0,88 dollar, avant de franchir à nouveau ce seuil dans le sens inverse hier. L’euro a ainsi réalisé une superbe performance, montrant pour la première fois qu’il est capable de résister à une mauvaise nouvelle. Certes, la volonté de soutien à la monnaie unique clairement exprimée lors de la réunion des ministres des Finances du groupe des Sept (pays occidentaux les plus industrialisés) à Prague le week-end dernier a été plus importante «psychologiquement» que le «non» danois. L’intervention concertée des Banques centrales occidentales, accompagnée de la volonté clairement affichée des dirigeants politiques et économiques du groupe des Sept en faveur d’un euro stable, a rendu la monnaie européenne plus solide. Les analystes continuent d’estimer que les Banques centrales pourraient tirer une nouvelle salve si l’euro passait sous la barre de 0,86 ou 0,85 dollar, soit le niveau auquel elles étaient intervenues vendredi dernier. Celles-ci avaient mis de 6 à 7 milliards de dollars pour soutenir l’euro lors de cette intervention concertée, soit le montant le plus important jamais enregistré sur une seule journée lors de ce type d’intervention. Selon les professionnels, les dirigeants politiques ou monétaires ont veillé tout au long de la semaine à alimenter la crainte des marchés, à l’aide de maintes déclarations émaillées de menaces. Hier encore, l’un des dirigeants de la Bundesbank, Klaus-Dieter Kuehbacher, a prévenu que «les Banques centrales redeviendraient actives si l’on devait assister à une chute importante de l’euro en raison du référendum au Danemark». Pour expliquer la relative résistance de l’euro après le «non» des Danois à la monnaie européenne, les analystes arguent en outre du fait que le refus danois avait été largement anticipé par les investisseurs. Ils citent également le faible poids économique du Danemark dans l’Union européenne avec 5,3 millions d’habitants et 2,7 % du produit intérieur brut (PIB). Enfin, une étude de Merrill Lynch parue cette semaine avant le référendum affirmait que les conséquences d’un refus danois risquaient d’être plus politiques qu’économiques. La victoire du «non» ne devrait pas secouer le marché des changes et le marché obligataire européen comme cela avait été le cas en 1992, après le premier «non» danois à l’Union monétaire, selon Merrill Lynch. Cette fois-ci, l’Union économique et monétaire elle-même n’est pas en jeu, les marchés ont été largement avertis que le Danemark pourrait pencher en faveur du «non», et l’Europe n’est pas au bord de la récession, a-t-elle ajouté. Concernant la couronne danoise, la Banque centrale du Danemark serait intervenue la veille pour la soutenir, de façon modérée, selon les cambistes. Le Premier ministre danois et la Banque du Danemark avaient tous deux souligné qu’ils veilleraient à la défense de leur monnaie qu’elle que soit l’issue du vote. C’est dans ce contexte que le dollar a achevé la semaine hier, à New York, sur un ton vulnérable face aux monnaies européennes, comme suit : – 0,8820 pour un euro contre 0,8765, vendredi dernier – 1,4745 pour un sterling contre 1,4545 – 2,2175 DM contre 2,2315 – 7,4375 FF contre 7,4840 – 1,7275 FS contre 1,7330 – 2 203,75 lires contre 2 209,10 – 108,15 yens contre 107,85. Une semaine mitigée sur les grandes Bourses internationales Sur les places boursières internationales, les marchés américains ont évolué d’une manière très volatile cette semaine, les investisseurs ayant été rendus extrêmement nerveux face à la litanie d’entreprises mises en difficulté par la faiblesse de l’euro et la flambée du pétrole. La folle journée d’hier a été l’illustration parfaite de la nervosité qui a marqué la semaine à New York. La Nasdaq, l’indice vedette des valeurs de la nouvelle économie, a été ébranlé par l’avertissement du groupe informatique Apple sur ses résulats pour le quatrième trimestre qui seront nettement inférieurs aux attentes en raison de mauvaises ventes en septembre. L’indice a démarré la journée en fort recul pour achever la semaine sur une baisse supérieure à 2,80 % à 3 693,15 points contre 3 803,60 points à la fin de la semaine dernière. De son côté, l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles (DJIA) de Wall Street est resté lui aussi dans le rouge, ne parvenant pas à profiter de la bonne santé de l’économie américaine illustrée par la révision en hausse du PIB au deuxième trimestre de 5,3 % à 5,6 % contre 4,8 % au premier avec un déflateur des prix en baisse à 2,4 % au lieu de 2,6 % contre 3,3 % pendant la même période, d’un côté, et par l’augmentation des commandes de biens durables de 2,9 % le mois dernier contre une baisse de 13,1 % en juillet, d’un autre côté. De fait, les messages délivrés par Intel puis par Eastman-Kodak et United Airlines, après McDonalds, Goodyear et Gillette, ont également pesé sur la tendance. L’annonce du président Clinton qu’il allait puiser dans les réserves stratégiques de pétrole des États-Unis pour freiner la hausse des prix pétroliers n’a guère joué en faveur de la cote américaine cette semaine. Il en est de même du coup d’arrêt donné à la chute de l’euro après l’intervention des Banques centrales du groupe des Sept malgré la chasse aux bonnes affaires qu’il avait entraînée par moments. En effet, le DJIA devait tomber hier en préclôture, à 23h heure de Beyrouth, à 10 740,55 points contre 10 847,37 points à la fin de la semaine dernière, marquant une baisse de 1 % en moyenne d’une huitaine à l’autre. Quant aux marchés boursiers européens, ils ont progressé en fin de semaine, ignorant les avertissements des sociétés américaines sur leurs résultats trimestriels. Selon les professionnels, des occasions se sont présentées cette semaine sur des valeurs qui ont été massacrées auparavant. Mais dès que celles-ci remontaient, il y avait des prises de bénéfices, a-t-on ajouté dans ces mêmes milieux pour expliquer le ralentissement de la hausse. En outre, le «non» des Danois à l’euro n’a pas été perçu comme un phénomène négatif. «On a l’habitude avec les Danois», a déclaré un boursier en notant que l’euro continue à bien se tenir autour de 0,88 dollar. Et d’ajouter que le tassement de prix pétroliers aux alentours de 30 dollars le baril et la stabilisation des prix des matières premières ont été également perçus comme des facteurs positifs. En effet, l’indice Footsie de la Bourse de Londres a enrengistré la plus forte appréciation cette semaine en clôturant hier à 6 294,20 points contre 6 205,90 points à la fin de la semaine dernier, marquant une hausse de 1,42 % d’une huitaine à l’autre, suivi par l’indice Extra Dax de la Bourse de Francfort qui a gagné 0,86 % à 6 798,12 points contre 6 740,25 points, et de l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris dont la hausse n’a pas dépassé 0,13 % à 6 266,63 points contre 6 258,58 points pendant la même période. Enfin, la Bourse de Tokyo a connu une semaine heurtée dans le sillage des places américaines dans l’attente de la publication, mardi prochain, du rapport «Tankan» trimestriel de conjoncture de la Banque du Japon qui devrait, selon des rumeurs, montrer une certaine amélioration de la confiance des grands entrepreneurs japonais. De ce fait, l’indice Nikkei est parvenu à limiter ses pertes sur la semaine à 0,45 % seulement à 15 747,26 points hier, contre 15 818,25 points, vendredi dernier.
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