La Banque centrale européenne a permis à l’euro de résister au «non» du référendum danois grâce à l’intervention concertée de soutien à la monnaie lancée il y a une semaine, qui fait peser depuis en permanence une épée de Damoclès sur les marchés des changes. «La BCE a beaucoup gagné en crédibilité dans cette affaire, sa réputation, qui avait grandement souffert depuis le début de l’année, en ressort grandie», estime Harald Finger, analyste à la Deutsche Bank à Francfort. Il y a peu encore, les Cassandre étaient nombreux à pronostiquer un nouvel effondrement de la jeune monnaie unique en cas de rejet de l’adhésion par les électeurs danois. Or l’euro, déjà amputé du quart de sa valeur depuis son lancement, semble avoir encaissé le choc sans trop sourciller. Il oscillait hier autour des 88 cents face au billet vert, alors qu’il avait atteint un plancher historique de 0,8447 USD il y a seulement 10 jours. La monnaie bénéficie d’abord du fait que le «non» danois avait été largement anticipé par les investisseurs, ensuite du faible poids économique du Danemark dans l’Union européenne avec 4,5 millions d’habitants et 2,7 % du produit intérieur brut. Surtout, la menace d’une nouvelle salve des banques centrales du groupe des 7 pays les plus industrialisés, sous la forme d’un achat d’euros, contraint pour l’heure les cambistes à ne pas trop délester leurs portefeuilles de placements en monnaie unique européenne. «Les grandes économies mondiales sont parvenues à freiner la spéculation et à stopper au moins provisoirement la chute de l’euro», estime le chef économiste pour l’Europe chez Merrill Lynch, Holger Schmiedling. Très critiquée depuis sa création, la Banque centrale européenne a prouvé qu’elle pouvait mettre sur pied une offensive réussie sur le marché des changes, prenant les opérateurs par surprise. Personne ne doute désormais qu’elle repartira à l’assaut avec les autres grandes banques centrales en cas de nouveau brusque fléchissement de la monnaie. L’un des dirigeants de la Bundesbank, Klaus-Dieter Kühbacher, l’a d’ailleurs clairement laissé entendre. «Si l’on devait assister à une chute importante de l’euro en raison du référendum au Danemark, les banques centrales redeviendraient actives», a-t-il prévenu, selon des propos rapportés vendredi par le quotidien Financial Times Deutschland. Pour les analystes de la banque HSBC Trinkhaus und Burkhardt, l’intervention surviendra «au plus tard» si la monnaie européenne descend à 86,5 cents. Malgré la proximité des élections américaines peu propice en principe à ce genre d’exercice, la BCE devrait pouvoir encore compter sur le soutien du Trésor américain : la forte appréciation du dollar ces derniers mois a commencé à peser sur les exportations du pays et à faire mécaniquement fondre les bénéfices de plusieurs géants de l’industrie nationale ayant des activités sur le Vieux Continent. En faisant tache d’huile, le phénomène risquerait de chahuter durablement les marchés boursiers américains et mondiaux.
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