Les deux partis de la coalition autrichienne, relativement soudés durant les sanctions européennes, s’affrontent désormais sur l’utilité d’un référendum dans le pays sur l’élargissement de l’Union européenne. Les conservateurs du chancelier Wolfgang Schuessel y sont opposés à l’instar des gouvernements européens. L’extrême droite se montre en revanche intéressée par cette idée lancée par le commissaire européen à l’Élargissement Guenter Verheugen, même si celui-ci a ensuite reconnu avoir commis là sa «bourde de l’année». «Nous disposons de cet instrument de démocratie directe, mais nous devons nous demander s’il est raisonnable de l’utiliser», a déclaré à la télévision nationale le ministre conservateur des Affaires étrangères Benita Ferrero-Waldner. «Nous devons avoir un dialogue ouvert avec la population mais pourriez-vous imaginer où nous en serions si chaque État membre (de l’UE) organisait un référendum» sur l’élargissement, a-t-elle ajouté, doutant que M. Verheugen ait bien pesé tous les aspects de sa suggestion. Le chancelier Wolfgang Schuessel avait déjà jugé qu’un tel référendum «instaurerait un système de catégories parmi les États membres» et Mme Ferrero-Waldner a soulevé dimanche le problème de l’égalité entre les États membres, rappelant qu’aucun des membres actuels n’y est entré par référendum. Ces propos sonnaient comme un rappel à l’ordre envers l’extrême droite qui a multiplié ces derniers jours des déclarations très favorables à l’idée d’un référendum. «Nous nous approchons d’une idée de démocratie directe au niveau européen, les citoyens doivent être considérés comme politiquement mûrs et être associés aux décisions importantes», s’était félicité le vice-chancelier d’extrême droite Susanne Riess-Passer lorsque M. Verheugen avait fait sa suggestion au début du mois. Dans une longue interview publiée par l’hebdomadaire News, l’homme fort de l’extrême droite Joerg Haider enfonçait le clou. S’il reconnaissait que les deux partis s’étaient déclarés, dans l’accord de gouvernement signé en février, «en faveur de l’élargissement de l’Europe», il a ajouté que «les conservateurs philosophent sur les chances de l’élargissement et nous, sur les risques». «Je suis un populiste qui veut simplement demander leur avis aux gens avant que les décisions soient prises», a-t-il ajouté. Son lieutenant Peter Westenthaler, président du groupe parlementaire d’extrême droite, rappelait que son parti avait adopté la position du «oui, mais» à l’élargissement. Assurant ne pas être un «fondamentaliste anti-élargissement», il insistait sur le fait que celui-ci devait servir les intérêts de l’Autriche, et pas simplement ceux du «grand bloc France-Allemagne». Parmi les pays candidats à l’UE, plusieurs sont voisins directs de l’Autriche – Slovénie, Hongrie, Slovaquie, République tchèque. De nombreux Autrichiens redoutent notamment une arrivée massive de main-d’œuvre peu onéreuse sur le marché autrichien dès leur entrée dans l’UE. De récents sondages indiquaient que la population est divisée à peu près à égalité sur ce sujet. L’extrême droite a récemment multiplié les menaces en matière d’élargissement, exigeant notamment de la République tchèque et de la Slovénie qu’elles rayent de leurs Constitutions des décrets ayant permis l’expulsion d’Allemands de souche après la guerre. Les deux partis de la coalition se sont en outre affrontés le mois dernier au sujet du conseiller du gouvernement pour l’Élargissement Erhard Busek, ancien chancelier conservateur dont l’extrême droite a en vain demandé la démission après qu’il eut répondu sur le même ton à des critiques lancées par Joerg Haider.
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