Des croix gammées, des livres négationnistes et des parades aux descentes de police : on trouve de tout, et très facilement, sur les sites néonazis en ligne, vecteur privilégié de l’extrême en Allemagne, contre lequel les autorités mènent une guerre ingrate. «Entre 1997 et 2000, le nombre de sites a été multiplié par dix. C’est un moyen facile et sans risque pour les extrémistes de diffuser du matériel de propagande», déplore Hans-Gert Lange, porte-parole de l’Office de protection de la Constitution. 320 sites sont recensés par l’office dans son rapport en ligne, qui s’inquiète de l’«importance accrue de l’Internet comme moyen de communication et d’agitation» et de la «plate-forme rapide, bon marché et internationale» qu’offre ce moyen anonyme. Le moyen est pratique en effet : il suffit quasiment, pour trouver cette littérature haineuse, d’allumer son ordinateur. Après avoir tapé le mot-clé adéquat – un titre de journal bien nostalgique fera l’affaire – l’internaute se trouve renvoyé de lien en lien sur des sites de plus en plus violents. Les pages Web des partis ayant pignon sur rue restent mesurées. Les jeunes y sont certes bien blonds et les drapeaux omniprésents, vaguement inspirés d’une esthétique à la Leni Riefensthal, la cinéaste de la propagande nazie. Mais rien qui puisse hérisser le poil des gardiens de la loi. Ensuite viennent les partis plus obscurs, les publications aux relents fascisants et les librairies d’un genre particulier : ici c’est Le lexique de la théorie du complot ou Vérité et mensonges sur les travailleurs forcés, que l’on ajoute à sa corbeille électronique. L’utilisateur consulte enfin, après avoir parfois cliqué sur une icône l’avertissant crânement qu’il entre sur des sites hors la loi, les pages personnelles et forums de discussion, au langage codifié et aux couleurs noir-rouge-blanc omniprésentes, en référence au drapeau du IIIe Reich. C’est ici que la violence est la plus débridée. L’un des interlocuteurs cherche «une fille de moins de 20 ans qui aurait envie de taper du Canaque», l’autre détaille que faire en cas de perquisition de la police, le troisième y déverse sa haine de l’étranger. Celle-ci peut aller loin : un jeune a été renvoyé début août devant la justice pour avoir installé sur sa page web la photo d’un Noir assassiné et gisant dans son sang. L’affaire intervenait au beau milieu d’un autre scandale : l’office d’attribution des adresses Internet avait, par manque de contrôle, autorisé le site heil-Hitler. L’Internet s’est alors retrouvé au banc des accusés, le chef de la communauté juive en Allemagne, Paul Spiegel, jugeant qu’il s’y «passe aujourd’hui quelque chose qu’on n’a jamais connu». Tout au long du mois d’août, les initiatives de lutte contre l’extrême droite sur l’Internet se sont multipliées, provenant des médias, des fournisseurs d’accès comme du gouvernement, avec des sites d’information ou des mécanismes de filtrage automatique. Mais que faire face à l’anonymat qui caractérise le réseau mondial ? «Il n’est pas toujours possible d’indentifier les parents de ces sites», souligne M. Lange. L’Allemagne est pourtant plutôt en pointe face aux délits sur l’Internet. En mai 1998, la justice avait envoyé un coup de semonce en infligeant deux ans de prison avec sursis au patron du fournisseur d’accès Compuserve-Allemagne pour diffusion de pornographie. Ce dernier avait toutefois été acquitté en appel. Mais cette sévérité même complique la lutte : régulièrement les sites extrémistes émigrant aux États-Unis pour échapper à la loi allemande. Et, comme le souligne M. Lange à mots très diplomatiques, «il est difficile de coopérer avec les USA» où la liberté d’expression est sacrée.
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