Il y a quelque chose de pas joli dans le triomphe public de beaucoup d’hommes «politiques» libanais, d’où qu’ils viennent. Quelque chose de particulièrement inélégant. Quelque chose de malsain. Écraser son adversaire à l’issue d’une (longue) campagne électorale, même grotesque, même surréelle, ça n’a certes rien de honteux. Loin de là. En toute légitimité, on peut sourire, jusqu’aux oreilles, pourquoi pas. On peut bomber involontairement, presque automatiquement le torse, se dire – au choix… – «mon Dieu, les Libanais m’aiment», ou bien «mes idées sont les bonnes, mes concitoyens y adhèrent, je vais essayer de donner, pour eux, le meilleur.» On peut se dire aussi «géniale cette plaque bleue, elle ira parfaitement avec ma nouvelle voiture, ma nouvelle cravate, mon nouveau portable», se dire encore «waw, quel homme ma tête de liste, moi personne ne me connaît…». En fait, on a le droit de (se) dire des tas de choses, les choses que l’on veut, si l’on veut, on est libre après tout, libre de se laisser aller à toutes les fatuités, toutes les suffisances du monde. Mais en privé. En privé ! Lorsque l’on est un homme politique, ou lorsque l’on prétend, surtout, à l’être, ce genre de débordements, souvent par petit écran interposé, devient vite insupportable. Et étouffant. Écraser son adversaire devrait mener, tout naturellement, à un minimum, vital, crédible, de modestie, d’élégance. Et de réflexion. Comment faire pour être à la hauteur d’une certaine confiance, d’une confiance certaine, comment faire pour devenir, réellement, député. C’est-à-dire représenter un peuple. Un peu d’élégance et de modestie pour relativiser, estimer la tâche à venir à sa juste valeur. Se demander comment, pourquoi. Faire la part des choses, remettre tout dans son contexte. Le génial Buster Keaton, à qui l’on demandait un jour ce que ça lui faisait de faire rire des millions de personnes, a eu cette réponse. Sublime. «Souvent, lorsque j’ai en face de moi certains de ceux-là que je fais rire, j’ai honte. Je me dis que ce n’est pas si génial que cela de faire rire tout ce monde. Il ne faut jamais oublier qui l’on fait rire. Jamais…» L’élégance, on l’a ou on ne l’a pas. On naît homme politique. On ne le devient pas.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il y a quelque chose de pas joli dans le triomphe public de beaucoup d’hommes «politiques» libanais, d’où qu’ils viennent. Quelque chose de particulièrement inélégant. Quelque chose de malsain. Écraser son adversaire à l’issue d’une (longue) campagne électorale, même grotesque, même surréelle, ça n’a certes rien de honteux. Loin de là. En toute légitimité, on peut sourire, jusqu’aux oreilles, pourquoi pas. On peut bomber involontairement, presque automatiquement le torse, se dire – au choix… – «mon Dieu, les Libanais m’aiment», ou bien «mes idées sont les bonnes, mes concitoyens y adhèrent, je vais essayer de donner, pour eux, le meilleur.» On peut se dire aussi «géniale cette plaque bleue, elle ira parfaitement avec ma nouvelle voiture, ma nouvelle cravate, mon nouveau portable», se dire...