Le 7 août 1999, des islamistes venus de Tchétchénie entraient dans la république russe du Daguestan et proclamaient de force un «État islamiste» dans plusieurs villages dont les habitants soutiennent aujourd’hui ouvertement l’intervention russe contre les «terroristes» tchétchènes. Chamkhad Magomedov, 47 ans, vit dans une maison de trois pièces à Ansalta, un village occupé par les islamistes en 1999. «Pendant la première guerre de Tchétchénie (1994-1996), j’ai d’abord hébergé 11 personnes, puis 17 autres. J’ai soigné deux blessés, j’ai abattu mon bétail, j’ai emprunté de l’argent à mon frère, mais j’ai toujours pu donner provisions et vêtements aux réfugiés qui quittaient ma maison», assure-t-il avec fierté. Écœuré par «ces Tchétchènes qui l’ont trahi», Chamkhad s’est enrôlé dans la milice de volontaires qui a contribué à refouler les islamistes vers la Tchétchénie en quelques semaines de combat. «Maintenant, dit-il, c’est le soldat russe que nous accueillons chez nous avec une hospitalité égale à celle que nous avions offerte aux Tchétchènes». Son voisin Magomed est plus virulent : «Ils sont venus de nuit les armes à la main pour piller nos maisons. Il ont trahi une amitié séculaire. Je connaissais des gens bien en Tchétchénie, mais qu’ont-ils fait contre les combattants ? Les anciens ne pouvaient-ils pas leur barrer la route du Daguestan ?» Pour Askhap, 50 ans, les événements ont surtout démontré qu’il importe de rester loyal à Moscou : «L’exemple de la Tchétchénie a montré ce qu’est la vie sans la Russie : deux guerres, le banditisme, les enlèvements, la famine, la misère, voilà ce que signifie l’indépendance». Les Daguestanais sont d’autant plus amers qu’ils se sont sentis trahis par un peuple avec lequel ils partagent une longue histoire. Ensemble, ils ont lutté contre les Russes au XIXe siècle et les réfugiés tchétchènes ont été accueillis en frères lors de la première guerre contre Moscou. Pour faire face à la contre-attaque russe, les islamistes avaient transformé nombre de maisons en points d’appui, aménageant des positions de tir, mais aussi des hôpitaux et des cantines dans les demeures désertées par les habitants terrorisés. Amir, 44 ans, est originaire du village voisin de Tando, où aucune maison n’est restée intacte après les combats. «Les islamistes sont entrés dans ma maison, ont tout pillé, tout transformé en porcherie», se lamente-t-il. «J’ai retrouvé des seringues, partout l’odeur était intenable, même si elle n’avait pas été détruite, je n’aurais plus voulu y vivre». D’autres, comme Rassou, un solide montagnard de 62 ans d’Ansalta, ont tenté de reconstruire : «Partir ? Jamais. Ce serait admettre que les terroristes ont atteint leur but!», dit-il en montrant dans sa cour les impacts de bombes, les éclats fichés dans sa façade. Dans ces villages situés à 1 000 m d’altitude et à 250 km d’une mauvaise route de montagne de Makhatchkala, la capitale du Daguestan, reconstruire est une gageure. «Il est très difficile de construire une autre maison», déplore Djabraïl, 38 ans, du village de Chadroda, très touché par les combats : «Je n’ai pas assez d’argent, il faut aller chercher tous les matériaux de construction à la ville...» «Il est trop tôt pour penser aux maisons», soupire Barad, un père de famille nombreuse de 48 ans réfugié à Botlikh, chef-lieu de la région,»il faut d’abord voir comment tout cela va finir en Tchétchénie. Tout le monde ici dit que les combattants tchétchènes reviendront. Et on ne peut rien faire pour l’empêcher...».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le 7 août 1999, des islamistes venus de Tchétchénie entraient dans la république russe du Daguestan et proclamaient de force un «État islamiste» dans plusieurs villages dont les habitants soutiennent aujourd’hui ouvertement l’intervention russe contre les «terroristes» tchétchènes. Chamkhad Magomedov, 47 ans, vit dans une maison de trois pièces à Ansalta, un village occupé par les islamistes en 1999. «Pendant la première guerre de Tchétchénie (1994-1996), j’ai d’abord hébergé 11 personnes, puis 17 autres. J’ai soigné deux blessés, j’ai abattu mon bétail, j’ai emprunté de l’argent à mon frère, mais j’ai toujours pu donner provisions et vêtements aux réfugiés qui quittaient ma maison», assure-t-il avec fierté. Écœuré par «ces Tchétchènes qui l’ont trahi», Chamkhad s’est enrôlé...