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Actualités - Chronologie

Cambodge Un ancien prisonnier français raconte le cauchemar Khmer

Ni document brut ni roman, Le portail de l’ethnologue français François Bizot est un récit autobiographique et un témoignage saisissant sur le cauchemar cambodgien des années 70. Le premier de ses lecteurs ne s’y est pas trompé : ce fut son ami John Le Carré qui accepta d’en écrire la préface. Pour l’écrivain britannique de la guerre froide, Le portail (celui de l’ambassade de France à Phnom Penh) est tout simplement «un classique contemporain» car «la douleur de Bizot en fait une autorité». En 1965, ethnologue employé à la conservation du site d’Angkor, le jeune Bizot (il est né en 1940) arrive au Cambodge. Il assiste à la discrète montée en puissance des Khmers rouges, encore terrés dans les maquis. En 1970, lors d’un dîner à Phnom Penh en présence du journaliste français du quotidien Le Monde Jean Lacouture, ses témoignages alarmistes ne rencontrent qu’«incompréhension» et «scepticisme». En octobre 1971, il est fait prisonnier par les Khmers rouges qui le soupçonnent de travailler pour la CIA. Enchaîné, gardé par des enfants qui sont déjà des bêtes de guerre, il passe trois mois dans un camp de détention où les conditions de vie sont terribles. Il y rencontre Kang Kek Ieu, plus connu sous le nom de Douch, un des grands bourreaux du XXe siècle, futur responsable de plusieurs dizaines de milliers de morts. Bizot va faire de «ce bourreau-monstre» le personnage central de son livre. Au camp, il a de longues conversations avec celui qui sera un des plus fidèles lieutenants de Pol Pot. «J’étais consterné et fasciné par la force du Hhmer rouge, dont le discours parfait collait si bien avec ce que voulait alors entendre l’Occident», note Bizot en ajoutant qu’«il faisait partie de ces purs, de ces fervents idéalistes, désireux avant tout de vérité». Douch, que Bizot a revu dans sa prison en 1999, va être prochainement jugé pour crimes contre l’humanité. C’est quand il a appris la tenue de ce procès que Bizot a décidé d’écrire Le portail. Grâce à Douch, Bizot sera relâché : ce sera le seul occidental libéré sur plus d’une trentaine de personnes arrêtées par les Khmers rouges avant 1975. «Cette histoire me semblait impossible à raconter, elle se dérobait sans cesse. D’apprendre que Douch était encore vivant m’a complètement débloqué. J’ai écrit Le portail quasiment d’un trait en dix mois», a expliqué Bizot au quotidien Libération. «J’ai accepté d’être cité à son procès par la défense, ce n’est pas pour atténuer sa culpabilité mais pour éclairer les mécanismes qui font qu’un homme qui veut faire le bien se trouve à faire le mal», a-t-il encore dit.
Ni document brut ni roman, Le portail de l’ethnologue français François Bizot est un récit autobiographique et un témoignage saisissant sur le cauchemar cambodgien des années 70. Le premier de ses lecteurs ne s’y est pas trompé : ce fut son ami John Le Carré qui accepta d’en écrire la préface. Pour l’écrivain britannique de la guerre froide, Le portail (celui de l’ambassade de France à Phnom Penh) est tout simplement «un classique contemporain» car «la douleur de Bizot en fait une autorité». En 1965, ethnologue employé à la conservation du site d’Angkor, le jeune Bizot (il est né en 1940) arrive au Cambodge. Il assiste à la discrète montée en puissance des Khmers rouges, encore terrés dans les maquis. En 1970, lors d’un dîner à Phnom Penh en présence du journaliste français du quotidien Le Monde...