Déçu par ses frères arabes, frustré par la désunion de l’Afrique, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi rêve désormais d’une place au soleil au sein du partenariat euro-méditerranéen, pour rompre une fois pour toutes l’isolement de son pays. Ce rêve, encore impossible il y a quelques années en raison des activités liées au terrorisme de la Libye, est plus que jamais à portée de main du dirigeant libyen qui célèbre le 1er septembre le 31e anniversaire de son arrivée au pouvoir. Créé en 1995, le partenariat euro-méditerranéen – dont la Libye est exclue pour l’instant – ambitionne d’instaurer d’ici à 2010 une vaste zone de libre-échange et de stabilité entre les Quinze et 27 pays méditerranéens. La pleine intégration de la Libye (qui ne dispose pour l’instant qu’une place d’observateur) à cet espace de 700 millions de consommateurs constituerait un succès à la mesure des ambitions du colonel Kadhafi. Quasi-monarchie pétrolière, la Libye est courtisée par les grands groupes mondiaux, notamment européens, attirés par le potentiel de développement d’un pays faiblement endetté et qui est assis sur un confortable matelas de devises. «Le potentiel pétrolier et gazier de la Libye est gigantesque», notent les experts pétroliers. Ces derniers estiment à plus de 10 milliards de dollars les recettes de brut de ce pays qui produit quelque 1,4 million de barils/jour (et 2 mbj en 2003/2004, selon des estimations). Ces revenus doivent être revus à la hausse en raison de l’extraordinaire envolée des prix du pétrole. Outre les nombreuses compagnies pétrolières et gazières qui investissent à tour de bras dans de nouveaux projets, la Libye attire toutes sortes d’entreprises européennes alléchées par divers projets de développement. Ceux çi sont estimés à plusieurs milliards de dollars dans des secteurs aussi variés que les télécommunications, les transports, l’eau, l’agroalimentaire, et le tourisme. La forte présence des pays européens à la Foire internationale de Tripoli en avril dernier atteste de ce vif intérêt pour un pays longtemps considéré comme paria par la communauté internationale. Les Français, à la traîne des autres européens dans la course aux contrats, mettent les bouchées doubles pour gagner des parts du marché libyen. La France n’arrive qu’en 13e position, loin derrière l’Italie, premier partenaire, suivie par l’Allemagne. La volonté affichée de la France de «participer aux efforts de rénovation et de développement de la Libye» devrait être facilitée par le dénouement de l’affaire des otages de Jolo (Philippines), grâce aux pétrodollars de la fondation du fils du colonel Kadhafi. «L’action positive de la Libye dans la libération des otages ne peut évidemment qu’améliorer la relation entre nos deux pays», a commenté mardi le ministre français de la Coopération Charles Josselin. «Le processus de normalisation va se poursuivre maintenant» avec Tripoli, a pour sa part affirmé le chef de la diplomatie française Hubert Védrine dont le pays assure la présidence de l’UE. Le retour en grâce de Tripoli avait commencé avec la suspension en avril 1999 des sanctions des Nations unies qui frappaient la Libye pour son soutien présumé au terrorisme et pour son rôle dans les attentats contre un avion de la PanAm au-dessus de Lockerbie en 1988 et contre un DC-10 la compagnie française UTA en 1989. En France, d’ores et déjà, l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris prépare activement une grande exposition sur les trésors de la Libye prévue à l’automne 2001, à laquelle le colonel Kadhafi souhaite être présent. L’occasion pourrait lui en être donnée plus tôt, s’il est invité à participer au sommet euro-méditerranéen prévu à la mi-novembre à Marseille. La tenue de ce sommet reste cependant tributaire d’un déblocage du processus de paix au Proche-Orient. Pour réintégrer pleinement le partenariat euro-méditerranéen, la Libye doit également en accepter ses «acquis» (s’asseoir aux côtés d’Israël et respect des droits de l’homme), ce qu’elle n’a pas encore fait.
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