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Actualités - Chronologie

Le troisième départ du hussard de la République

Pour la troisième fois de sa carrière politique, Jean-Pierre Chevènement a démissionné hier d’un poste ministériel, aujourd’hui en raison de désaccords sur la gestion du dossier corse par Lionel Jospin. Ce républicain pur et dur de 61 ans avait endossé sans état d’âme les habits de ministre de l’Intérieur au printemps 1997, après la victoire de la gauche aux élections législatives anticipées qui avaient suivi la dissolution de l’Assemblée par Jacques Chirac. Un poste où sa fermeté lui a valu le respect de la hiérarchie policière mais également l’hostilité d’une extrême gauche qui ne lui a pas notamment pardonné son refus de régulariser l’ensemble des sans-papiers. Le franc-parler de Jean-Pierre Chevènement a parfois agacé ses collègues Dominique Voynet et Élisabeth Guigou. Cette même franchise a failli provoquer un incident diplomatique en mai dernier – le ministre de l’Intérieur avait alors estimé que l’Allemagne, comparée au «Saint Empire romain germanique», ne s’était pas encore remise du «déraillement qu’a été le nazisme dans son histoire». Dans le même esprit, il n’avait pas hésité il y a quelques semaines à bousculer les usages pour interpeller Jacques Chirac en plein Conseil des ministres à propos des propositions du président français sur une future Constitution européenne. Avant de tirer les conséquences de son désaccord sur la politique du gouvernement en Corse, qui donne à ses yeux un pouvoir excessif aux institutions territoriales et aux nationalistes, au détriment du respect de la souveraineté nationale, Jean-Pierre Chevènement avait déjà démissionné du ministère de l’Industrie en avril 1983, pour dénoncer le virage de la «rigueur», et du ministère de la Défense en janvier 1991, pour protester contre l’engagement de la France dans la guerre du Golfe. Le 2 septembre 1998, une banale intervention chirurgicale a failli tourner au drame. Victime d’un arrêt cardiaque dû à une allergie au curare, Jean-Pierre Chevènement était resté une semaine dans le coma. Sorti du Val-de-Grâce le 23 octobre suivant, le «miraculé de la République» n’avait regagné la place Beauvau que début janvier 1999. Pendant quatre mois, Lionel Jospin avait été privé d’un poids lourd dans le fragile équilibre de sa majorité plurielle. Marxisme puis nationalisme comme horizon Franc-comtois d’origine, aux racines terriennes «qui lui collent à la peau», cet ancien de la SFIO (Section française de l’Internationale socialiste), à laquelle il avait adhéré en 1963, a fait du nationalisme une constante de sa réflexion politique, associée à un marxisme plus ou moins rénové. Brillant énarque, ce qui ne l’empêche pas de dénoncer dans un ouvrage paru en 1967 les mandarins de la société bourgeoise, il fonde la même année le Centre d’études, de recherches et d’éducation socialistes (Ceres), qui devient rapidement l’un des centres d’attraction du Parti socialiste. Tout au long des années 70, il atténue quelque peu les sensibilités jacobines de sa jeunesse pour préparer avec ses amis politiques du «parti d’Épinay», François Mitterrand, Gaston Defferre et Pierre Mauroy, la venue des socialistes au pouvoir. Il est en 1972 l’un des principaux négociateurs du programme commun de la gauche avec les communistes. Jean-Pierre Chevènement lance nombre d’idées qui seront les leviers du changement en 1981 et 1982, en prenant une part déterminante à l’élaboration du projet socialiste en 1979, après avoir contribué à doter le PS de son programme «Changer la vie». Devenu ministre de la Recherche et de la Technologie en mai 1981 dans le gouvernement Mauroy, puis ministre de l’Industrie à partir de juillet 1982, il impulse un grand élan à l’effort français de recherche. Mais, faute des moyens qu’il juge nécessaires pour forger une industrie compétitive, en désaccord avec la politique de lutte contre le chômage, il quitte le gouvernement en avril 1983, après avoir déclaré : «Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne». Rappelé au gouvernement en juillet 1984 pour s’atteler au portefeuille particulièrement délicat de l’Education, alors que vient de souffler la tornade sur l’école privée, il restaure l’image de l’Éducation nationale et réconcilie les Français avec l’école publique. Ce qui lui vaudra d’être le ministre de l’Éducation nationale le plus populaire de la Ve République. Lors de la campagne du référendum sur Maastricht en 1992, il s’oppose une nouvelle fois à François Mitterrand, dont il avait été l’un des premiers couteaux lors de la conquête du Parti socialiste, en 1971. Défenseur encore et toujours de la souveraineté nationale, Jean-Pierre Chevènement livre bataille pour le «non» et fonde un nouveau parti, le Mouvement des citoyens, à la gauche de la gauche. Jean-Pierre Chevènement est né le 9 mars 1939 à Belfort. Il est marié et père de deux enfants.
Pour la troisième fois de sa carrière politique, Jean-Pierre Chevènement a démissionné hier d’un poste ministériel, aujourd’hui en raison de désaccords sur la gestion du dossier corse par Lionel Jospin. Ce républicain pur et dur de 61 ans avait endossé sans état d’âme les habits de ministre de l’Intérieur au printemps 1997, après la victoire de la gauche aux élections législatives anticipées qui avaient suivi la dissolution de l’Assemblée par Jacques Chirac. Un poste où sa fermeté lui a valu le respect de la hiérarchie policière mais également l’hostilité d’une extrême gauche qui ne lui a pas notamment pardonné son refus de régulariser l’ensemble des sans-papiers. Le franc-parler de Jean-Pierre Chevènement a parfois agacé ses collègues Dominique Voynet et Élisabeth Guigou. Cette même...