Au cybercafé Vis-à-Vis, dans le quartier populaire de la Goutte d’Or à Paris, les enfants se bousculent devant les ordinateurs et la moitié des utilisateurs d’Internet sont des immigrés, qui dialoguent, à moindre frais, avec leurs proches dans leur pays d’origine. Ouvert en mai dernier à l’initiative de deux anciens journalistes multimédias Jean d’Eudeville et Loïc Audrain et Ababacar Diop, ancien porte-parole des sans-papiers et informaticien, qui a apporté sa connaissance du monde des immigrés, Vis-à-Vis est le seul cybercafé parisien installé dans un quartier très populaire. «Ce n’est pas de la démagogie», estime Dahmane Mebrouki, chargé de cours à l’université Paris VIII, qui aide les néophytes chaque jeudi soir. «Chaque fois qu’on peut mettre un ordinateur devant une personne démunie, c’est bien», dit-il. Les cybercafés sont déjà en vogue dans les pays du Maghreb et certains pays africains, comme à Dakar, au Sénégal, où ils se multiplient et rencontrent un franc succès, parmi une population pour qui l’achat d’un ordinateur personnel n’est pas envisageable. La téléphonie sur Internet réduit considérablement les coûts par rapport aux téléphones classiques, et les immigrés prennent peu à peu conscience, notamment, de l’intérêt du courrier électronique. Au cybercafé Vis-à-Vis, situé juste en face de l’église Saint-Bernard, autrefois occupée par les sans-papiers demandant la régularisation de leur situation en France, les habitants du quartier, en grande majorité d’origine immigrée, s’attardent devant la grande vitrine. Ils commencent par s’attabler devant une tasse de café, puis se dirigent vers le fond de la salle où sont alignés les ordinateurs, autour de la fresque de l’association Droit de cité, qui y avait ses quartiers. «C’est une autre clientèle que celle, classique et plutôt cultivée des cybercafés parisiens. Nous assurons une formation de base et il y a toujours quelqu’un présent pour répondre aux questions», disent les fondateurs de Vis-à-Vis. Recherche d’emploi, rédaction de curriculum vitae, consultation de sites, l’utilisation prend de multiples formes mais c’est la possibilité de communiquer, par l’intermédiaire du courrier électronique, avec la famille restée au pays ou les partenaires commerciaux, qui séduit le plus. Pour aller plus loin, les trois initiateurs du cybercafé parisien ont pour ambition de créer des liens directs et réguliers avec des cybercafés dans les pays d’origine, et dans un proche avenir, de créer un système de visiophonie. Ils ont commencé avec le Métissanaca Café à Dakar, puis continueront avec des cybercafés en Algérie, à Alger et Tizi-Ouzou notamment, mais aussi par exemple à Benthala, village-martyr, indique Dahmane Mebrouki, membre de l’Union de la communauté algérienne de Paris (UCAP), où l’association va aider à la création d’un cybercafé. La visiophonie, qui allie caméra et Internet, permettra à des personnes ne sachant pas manipuler un clavier de dialoguer avec leur famille, et d’atténuer ainsi la douleur de l’exil.
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