Une nappe de table à carreaux, une robe de chambre jetée sur une chaise, des portraits de famille… Des objets du quotidien que l’on voit dans toutes les maisons. Rien donc d’original à cet assemblage s’il n’était de marbre. Cette matière noble entre toutes, dont on se sert pour sculpter des personnages héroïques et des scènes de hauts faits, modèle à présent le quotidien. Une nouvelle fonction que lui a assignée une artiste nommée Barbara Segal qui expose des œuvres de cette veine au musée Neuberger. «Il est d’usage, explique l’un des conservateurs du musée, de considérer les sculptures en marbre comme une affaire sérieuse et relevant uniquement de l’intellect. Aux yeux de tous, les sculptures classiques ne peuvent qu’être l’essence même de la pureté et de la Beauté, avec un B majuscule». Barbara Segal a transgressé ses postulats traditionnels sans hésitation, avec éclat et aplomb. La dextérité, le savoir-faire et l’humour au bout des ciseaux, elle taille avec précision, finesse et espièglerie ces petites choses de la vie qu’on finit par ne plus voir. À l’aide de pierres superposées, de différentes couleurs, et autres effets de découpe spéciaux, elle braque ainsi l’attention sur l’anodin et presque le menu fretin. Une chaleureuse chambre en pierre Elle va jusqu’à inviter les visiteurs à faire le tour d’une chambre «live». On se faufile entre les meubles avec aisance et, au passage, on admire des portraits de famille. Ils sont tous là, le père, la mère, le mari et le fils, saisis dans des attitudes relax, profondément gravés dans le marbre. Un environnement affable et hospitalier qui n’a rien de glacial. Cette artiste a d’abord fait des études de beaux-arts en Europe. Puis elle a approfondi la technique «intarsia» (incrustation) des artisans de la Renaissance qu’elle a adaptée à sa manière de travailler. À partir de ce procédé, elle a mis au point sa propre formule de tonalité, de texture et de style. En 1985, elle a amorcé une spectaculaire descente dans l’iconographie culturelle américaine. Elle en a sculpté les moindres détails et symboles dans des pierres aux multiples couleurs. Loin d’être figés comme de la pierre, ses marbres et ses granits sont animés et communicatifs. Peut-être plus que les objets en bois ou autres matières dites chaleureuses car l’artiste leur a assigné un rôle, et un rôle qui ne manque pas de piquant. Et si le marbre pouvait parler, il dirait ce que lui a fait dire Jean Cocteau : «Que pense le marbre dans lequel le sculpteur taille un chef-d’œuvre ? Il pense : on me frappe, on m’abîme, on m’insulte, on me brise, je suis perdu. Ce marbre est idiot. La vie me taille, elle fait un chef-d’œuvre».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Une nappe de table à carreaux, une robe de chambre jetée sur une chaise, des portraits de famille… Des objets du quotidien que l’on voit dans toutes les maisons. Rien donc d’original à cet assemblage s’il n’était de marbre. Cette matière noble entre toutes, dont on se sert pour sculpter des personnages héroïques et des scènes de hauts faits, modèle à présent le quotidien. Une nouvelle fonction que lui a assignée une artiste nommée Barbara Segal qui expose des œuvres de cette veine au musée Neuberger. «Il est d’usage, explique l’un des conservateurs du musée, de considérer les sculptures en marbre comme une affaire sérieuse et relevant uniquement de l’intellect. Aux yeux de tous, les sculptures classiques ne peuvent qu’être l’essence même de la pureté et de la Beauté, avec un B majuscule»....