La neuvième Foire du tapis persan, «grand-messe» des professionnels de ce métier millénaire dans l’ancienne Perse, a ouvert ses portes à Téhéran dans un climat de crise en raison de la chute constante des ventes à l’étranger. Cette foire, organisée par le ministère du Commerce sur un immense site de 47 000 m2, expose pendant six jours au total 130 000 tapis précieux venant des 28 provinces du pays. Le tapis persan, qui a la réputation d’être le meilleur du monde, est le second produit d’exportation après le pétrole en Iran et emploie au total quelque 8 millions de personnes dans le pays. Cet art millénaire est soumis depuis près 20 ans à une très forte concurrence de la part des pays fabricants de la région, l’Inde et le Pakistan, et depuis cinq ans par des pays d’Asie centrale et du Caucase. Les exportations de tapis persans sont en chute constante depuis huit ans et sont passées de 1,6 milliard de dollars en 1994 à 708 millions actuellement, selon des chiffres officiels. «Le chiffre de 708 millions de dollars ne représente que la moitié de notre potentiel d’exportation pour ce produit», a indiqué Hossein Ghassemi, vice-ministre du Commerce, dans un discours inaugural en présence du premier vice-président Hassan Habibi. Malgré tous les efforts entrepris depuis cinq ans, les exportateurs iraniens se plaignent du manque d’intérêt du gouvernement pour ce domaine et des obstacles monétaires imposés par la Banque centrale qui exige des exportateurs des garanties sur le rapatriement de leurs recettes. «Le tapis persan est sous une pression quotidienne en raison d’innombrables formalités administratives», a indiqué Mme Mastaneh Chams, l’un des responsable de l’Union des exportateurs de tapis iraniens. Mme Chams a rappelé que le tapis persan est convoité en raison du manque d’attention de la part des autorités. «Nous n’avons aucun problème de production ou de qualité, mais le principal obstacle est administratif», a-t-elle ajouté, soulignant qu’une «bonne partie des tapis iraniens sont envoyés dans les pays du Golfe par voie de contrebande». «À Dubaï, par exemple, vous pouvez acheter un tapis persan moins cher et sans être obligé de venir en Iran», a expliqué ce responsable. Mais beaucoup d’exportateurs misent désormais sur le marché des États-Unis après notamment la levée de l’embargo américain sur ce produit décidé en mars. «L’État doit lever les obstacles et nous encourager à partir à la conquête du marché américain», a indiqué de son côté Chahrokh Kabirti, un exportateur de tapis précieux. Ainsi, les exportateurs iraniens affirment être en mesure de pouvoir vendre aux États-Unis jusqu’à 100 millions de dollars sur une année. La secrétaire d’État américaine Madeleine Albright avait annoncé le 17 mars une levée partielle de l’embargo américain contre l’Iran, portant sur les tapis, le caviar et les pistaches. Mais les exportateurs se plaignent également de la baisse des prix de vente des tapis en soie à l’étranger. «Les prix ont chuté de 50 % en raison d’une baisse sensible de la qualité des fils de soie importés des pays d’Asie», ont indiqué d’autres exportateurs. «Le mètre carré de tapis iranien en soie est descendu à 500 USD contre 1 000 USD il y a encore quelques années», a expliqué un responsable iranien de l’Association de tapis persans en soie.
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