L’efficacité des plongeurs occidentaux, qui ont réussi en 30 heures à ouvrir le sas d’évacuation du Koursk, a montré hier lundi avec une évidence tragique aux yeux des Russes et du monde que le président Vladimir Poutine aurait dû accepter immédiatement l’aide étrangère. La relative simplicité avec laquelle une douzaine de plongeurs norvégiens et britanniques sont descendus dans la mer de Barents jusqu’au sous-marin, échoué à 108 mètres de fond, puis ont ouvert le sas, ce que les Russes n’avaient pas pu faire depuis l’accident du Koursk, le 12 août, constitue une humiliation pour la Flotte militaire russe. Les proches des 118 marins qui se trouvaient à bord du Koursk et toute la population ont pu constater que la situation avait grandement évolué dès l’arrivée sur place des équipes norvégiennes et britanniques. Tranchant avec les images lapidaires de la tempête en mer de Barents et les aveux d’impuissance des Russes pendant six jours, de nouveaux reportages ont montré la progression des opérations, le professionnalisme et les moyens considérables des experts étrangers, équipés de caméras et de matériel de pointe. L’atelier de forge, à bord du bateau norvégien, capable de fabriquer sur le champ les instruments réclamés par les plongeurs, a particulièrement impressionné les Russes, convaincus depuis le début qu’il fallait accepter l’aide étrangère. L’efficacité de ces plongeurs qui ont travaillé sans relâche a contrasté avec l’opération menée par les sous-marins de sauvetage russes. Ces derniers étaient obligés de remonter à la surface trop vite en raison d’une autonomie restreinte de leurs batteries (deux heures) alors que, de l’aveu même de l’état-major de la Flotte, une opération de sauvetage prend de 4 à 5 heures. «Si nous n’avions pas refusé au début l’aide occidentale, les chances de sauver les marins auraient été plus grandes», a affirmé Pavel Felghengauer, expert militaire indépendant. Selon lui, «l’idéologie de la Flotte du Nord, la plus anti-occidentale de toutes et qui n’a pas d’autre ennemi que l’Otan, son unique raison d’être» est à l’origine des hésitations des Russes à accepter l’aide étrangère. La révélation publique, dimanche soir, par la télévision d’État RTR, que les Russes n’ont en fait plus que deux plongeurs de grande profondeur, un pour la flotte du Pacifique et un pour la flotte de la mer Noire, ce dernier étant entraîné seulement dans les mers chaudes, illustre aussi le déclin de la Russie, incapable d’entretenir de tels spécialistes. «Nous n’avons plus de spécialistes de ce genre. Ils ont dû quitter la marine à la suite du non-paiement des salaires, dans les années 1994-1997», a déclaré Vladimir Ourban, un expert de l’agence d’informations militaires AVN, en relevant que, de toute façon, «les plongeurs norvégiens travaillent mieux». Sur les dix dernières années, les sommes allouées aux réparations et à l’entretien des bateaux militaires russes couvrent de 8 à 10 % des besoins, selon des estimations de l’état-major, datant de décembre dernier. La marine de guerre a été réduite de 1 000 navires en 10 ans en raison du manque d’argent, selon la même source. L’affaire du Koursk «va entrer dans les manuels d’histoire comme un exemple classique de l’inefficacité des sociétés fermées», a estimé le journal Novaïa Gazeta, ajoutant : «Nous sommes les meilleurs pour les moyens de destruction mais nous avons des problèmes pour les moyens de sauvetage». Interrogés sur la crise révélée durant l’organisation des secours, 34,9 % des Moscovites estiment que la direction de la Flotte de la mer du Nord est coupable et 22,5 % considèrent que la faute en revient au président Poutine, selon un sondage de l’institut Romir.
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