Bien que handicapée par un manque criant de ressources, la Russie espère bien glaner à Sydney sa plus belle moisson de médailles depuis l’ère soviétique. «Je nous vois capables de gagner entre 35 et 37 médailles d’or», assure Anatoli Kolessov, qui a dirigé la préparation olympique pour Sydney. «Et je ne sors pas ces chiffres de mon chapeau. Ils s’appuient sur une étude sérieuse de nos capacités». Avec quelques grands noms comme Alexander Popov ou Alexander Kareline, Svetlana Khorkina ou Svetlana Masterkova, au sein d’une délégation forte d’un demi-millier d’athlètes, les Russes pourraient bien réussir leur pari et remonter un peu le moral du plus grand pays du monde, dont le sport est l’ultime vestige de la splendeur passée. Mais ses athlètes auront fort à faire pour améliorer leur bilan de 26 titres olympiques à Atlanta, qui les laissait deuxièmes, loin derrière le pays hôte. Popov, qui aura 29 ans en novembre, emmène une équipe russe rassérénée, avec l’espoir de devenir le premier nageur à remporter trois titres olympiques consécutifs. Vainqueur des 50 et 100 m à Barcelone et Atlanta, il a démontré cette saison, après un léger passage à vide, qu’il restait l’homme à battre sur les sprints. Après avoir battu le record du monde de la longueur de bassin, qui tenait depuis dix ans, il a remporté quatre titres aux championnats d’Europe d’Helsinki deux semaines plus tard. Mais la relève russe existe dans les bassins, avec notamment Dimitri Kamornikov et Anatoli Poliakov. Kamornikov n’a que 19 ans et il a survolé le 200 m brasse des championnats d’Europe. À 20 ans, Poliakov a déjà fait oublier Denis Pankratov au papillon. «Nous emmenons notre équipe la plus jeune de tous les temps à Sydney, mais croyez-moi, elle va en surprendre plus d’un», assène Viktor Avdeienko, le directeur technique national. Belle bagarre Kareline vise encore mieux que Popov, qui espère devenir le premier lutteur de l’histoire à s’imposer dans quatre Jeux olympiques consécutifs. Le gigantesque poids lourd, qui aura 33 ans à Sydney, a aussi la particularité d’avoir brandi le drapeau de trois pays différents lors de trois cérémonies d’ouverture. À Séoul, il était Soviétique, à Barcelone, il était le porte-étendard de la Communauté des États indépendants (CEI), à Atlanta, il était seulement Russe. «Je sais que la nation compte sur moi, mais je devrais y être habitué à présent», avoue Karéline, qui n’a pas perdu le moindre combat depuis 1987. Svetlana Khorkina est à la tête d’une puissante équipe de gymnastique, et si elle n’a pas la carrure de Karéline, ne s’en laisse pas compter en termes d’ambition. 21 ans, elle a passé autour de son cou frêle des dizaines de médailles européennes ou olympiques par appareil, mais n’a jamais remporté le titre suprême aux Jeux. «J’ai tout obtenu dans la gymnastique. Et gagner le titre combiné à Sydney serait une manière idéale de tirer ma révérence», dit-elle. Victime de blessures à répétition aux deux chevilles, Masterkova, championne olympique en titre du 800 et du 1 500 mètres, a déjà dû renoncer à la deuxième distance pour se consacrer au double tour de piste. En athlétisme, les Russes pourront également compter avec les champions du monde de la hauteur, Viatcheslav Voronine, et de la perche, Maxime Tarasov, voire sur Ilya Markov au 20 km marche et à l’infatiguable Irina Privalova, passée du sprint au 400 haies. Une autre star du sport russe manquera cependant à l’appel : Anna Kournikova, la joueuse la plus médiatique du tennis mondial, a déclaré forfait pour des raisons de calendrier et pour éviter toute blessure. La préparation des athlètes russes a également pâti des problèmes financiers qui minent le pays. Anatoli Kolessov a même été jusqu’à interpeller publiquement le président Vladimir Poutine pour le manque de moyens du sport russe, une franchise inimaginable voilà quelques années. La délégation russe espérait se préparer dans un centre olympique de Vladivostok, qui se situe dans le même créneau horaire que Sydney, mais les travaux d’aménagement nécessaires n’ont jamais été réalisés. Du coup, les vedettes russes se sont entraînées à l’étranger. Malgré ces petits soucis, Kolessov assure que son équipe ne doit pas être sous-estimée. «Je peux vous garantir que les Américains et les autres peuvent se préparer à une belle bagarre», lance-t-il.
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