Sous-marin nucléaire en perdition, radar controversé, menace de vitrification : près de dix ans après l’imposition du bloc soviétique, l’Arctique reste le théâtre de frictions dignes de la guerre froide. L’accident du sous-marin russe Koursk en mer des Barents est venu rappeler aux habitants de la ville norvégienne de Vardoe (nord) que les «batailles navales» Est-Ouest n’ont pas pris fin avec le démembrement de l’Union soviétique. Submersibles et navires, russes et américains, continuent à jouer au chat et à la souris à quelques dizaines de kilomètres des côtes du royaume, témoignent les habitants de la petite ville côtière. Réflexe sans doute significatif, le commandant en chef de la marine russe, l’amiral Vladimir Kouroïedov, a avancé, dès lundi, l’hypothèse d’une collision avec un sous-marin occidental pour expliquer l’avarie du Koursk. Les opérations de secours sont elles-mêmes surveillées de très près par plusieurs navires de l’Otan et la marine russe a dû déployer d’importants moyens pour faire respecter une zone de sécurité autour du sous-marin accidenté. «Un sous-marin a pénétré dans les eaux norvégiennes, lit-on parfois dans le journal, mais cela se produit vraisemblablement plus souvent qu’on ne veut bien le dire», souligne Trygg Oeien, guide touristique, qui rappelle que de nombreux accidents se sont déjà produits dans la région. Le dernier accident grave remonte à 1989 lorsque le sous-marin à propulsion nucléaire russe Komsomolets avait coulé, non loin d’ici, avec 42 marins et deux torpilles nucléaire à bord. Il gît toujours au fond de l’eau. «La situation a incontestablement changé par rapport au temps de la guerre froide», tempère un haut responsable norvégien, sous couvert d’anonymat. «Aurions-nous imaginé, il y a douze ans, que l’Union soviétique demande l’assistance de la Norvège et de la Grande-Bretagne ? Leur requête témoigne de leur ouverture et de leur volonté de coopérer au-delà des anciens clivages». Mais ce processus a ses limites, relèvent certains observateurs. En témoignent, selon eux, le retard de Moscou à demander une aide étrangère et le fait que l’avion transportant l’équipe de sauvetage britannique ait dû se poser à Trondheim (Norvège), à plus de 50 heures de navigation du Koursk, plutôt que sur un aéroport militaire russe voisin. Comptant moins de 3 000 habitants, la petite ville de Vardoe semble s’être habituée à l’attention internationale qui s’est portée sur elle depuis l’installation du radar Globus-2. Objet d’un transfert de l’armée américaine vers l’armée norvégienne en 1998, Globus-2 doit principalement servir à suivre les débris spatiaux, explique-t-on de source officielle. Mais la Russie estime qu’il aura également une fonction d’alerte en cas de lancement de missiles, en violation du traité ABM (sur les systèmes antimissile) de 1972, selon Moscou. «Il est en effet difficile de croire que les Américains accepteraient de dépenser un milliard de couronnes norvégiennes (122 millions de dollars, ndlr) sans obtenir de précieuses informations en retour», explique Roger Skotnes, professeur d’Histoire à la retraite, qui peut voir l’énorme radôme de sa fenêtre. «Personne ici ne croit aux explications officielles. Les Américains ne sont pas si philanthropes». Quelle que soit sa véritable finalité, les habitants de Vardoe vivent en bon voisinage avec «leur» radar. «Les Russes ont bien les leurs», est une opinion largement répandue au sein de la population locale. Au plus fort de la polémique, un général russe avait indiqué au début de l’été que des missiles nucléaires seraient désormais pointés sur Vardoe. Une menace qui laisse les habitants de marbre : «En cas de crise, Globus-2 ou pas, on y passera de toute façon puisque la région entière est couverte de radars», assure M. Skotnes.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Sous-marin nucléaire en perdition, radar controversé, menace de vitrification : près de dix ans après l’imposition du bloc soviétique, l’Arctique reste le théâtre de frictions dignes de la guerre froide. L’accident du sous-marin russe Koursk en mer des Barents est venu rappeler aux habitants de la ville norvégienne de Vardoe (nord) que les «batailles navales» Est-Ouest n’ont pas pris fin avec le démembrement de l’Union soviétique. Submersibles et navires, russes et américains, continuent à jouer au chat et à la souris à quelques dizaines de kilomètres des côtes du royaume, témoignent les habitants de la petite ville côtière. Réflexe sans doute significatif, le commandant en chef de la marine russe, l’amiral Vladimir Kouroïedov, a avancé, dès lundi, l’hypothèse d’une collision avec un sous-marin...