Les enchères pour l’attribution en Allemagne des licences du téléphone portable du futur se sont achevées hier sur un montant sans précédent de 50,519 milliards d’euros, qui ne sera pas aisé à rentabiliser par les géants du secteur des télécoms. Cette recette vertigineuse, que les vainqueurs vont devoir régler dans un délai de dix jours, établit un nouveau record en matière d’octroi des licences UMTS dans le monde. Il enfonce les sommets déjà atteints au printemps dernier au Royaume-Uni, où l’attribution des licences du téléphone portable du futur s’était achevée sur un total de 38,5 milliards d’euros. Ce pactole, supérieur aux gains tirés par l’État allemand des privatisations au cours de toute la décennie écoulée, constitue une aubaine pour le gouvernement allemand du chancelier Gerhard Schröder qui entend l’utiliser pour réduire la dette publique du pays. Le ministre des Finances Hans Eichel s’est félicité de ce «bon résultat». «L’ensemble de la recette sera consacré comme prévu à réduire la dette de l’État fédéral, en dépit du montant élevé», cinq fois supérieur aux attentes du gouvernement, a indiqué un de ses porte-parole. Au coup de marteau final des enchères, après 14 jours d’âpre bataille, T-Mobil, filiale de Deutsche Telekom, obtient une licence qu’il devra payer 8,478 milliards d’euros, soit l’addition la plus élevée. Les six derniers candidats en lice ont finalement accepté de partager équitablement les blocs de fréquence en vente, mettant fin à une folle course aux milliards qui inquiétait chaque jour davantage les marchés. Au total douze blocs de fréquence étaient en vente, ce qui aurait pu aboutir à l’octroi de 4 à 6 licences de deux à trois blocs de fréquence, selon la puissance des réseaux que les candidats comptaient obtenir. T-Mobil et, dans une moindre mesure, Mannesmann, qui dominent à eux deux 80 % du marché du téléphone portable en Allemagne, apparaissent comme les grands perdants des enchères. Ils ne repartent qu’avec une «petite» licence à deux blocs de fréquence, alors qu’ils en escomptaient une à trois blocs, permettant une meilleure couverture du territoire et une transmission plus rapide des données. En outre, DT voit entrer deux nouveaux arrivants sur le marché de la téléphonie mobile en Allemagne : MobilCom et 3G. Deutsche Telekom a d’ailleurs clairement laissé transparaître sa colère. «Nous avons mis fin à cette absurdité», a maugréé un porte-parole, en soulignant que l’ardoise finale constituerait un «handicap évident» pour les opérateurs allemands. «On peut se demander si le jeu en valait la chandelle», lui a fait écho un porte-parole de Viag Interkom. Une question se pose dorénavant: comment les géants des télécoms vont-ils faire pour rentrer dans leurs frais, après les enchères «folles» britanniques et avant les adjudications attendues en France et en Italie ? «C’est la grande question, à laquelle personne ne peut répondre aujourd’hui», met en garde Matthias Joerss, analyste à la BHF Bank. Les valeurs des opérateurs de télécommunications ont ainsi dégringolé hier sur plusieurs grandes places européennes, les investisseurs craignant que les montants astronomiques atteints par les enchères ne menacent leur rentabilité. D’autant que le supplice en Allemagne n’est pas terminé: une deuxième séance d’enchères s’ouvre dès aujourd’hui pour l’attribution d’un petit lot de cinq blocs de fréquence asymétriques supplémentaires, qui permettront aux vainqueurs de renforcer leurs futurs réseaux. Cette vente est de bien moindre importance que la précédente, mais elle pourrait rapporter jusqu’à 10 milliards d’euros. Les groupes de télécoms vont devoir trouver des moyens de régler la facture: les analystes s’attendent à plusieurs emprunts obligataires géants dans les semaines et les mois à venir.
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