Des espèces rarissimes comme le faucon pèlerin, le balbuzard et la loutre sont de retour dans les Ardennes, où une association vient d’ouvrir au public une réserve naturelle au pied de la centrale nucléaire de Chooz, à la frontière belge, en partenariat avec Électricité de France (EDF). «On s’intéressait depuis longtemps à ce site, pour l’observation des canards, et lorsque la centrale s’est construite au début des années 90, on s’est dit “c’est foutu”», raconte Benoît Moinet, président de l’association de protection de la nature Symbiose. «C’est l’inverse qui s’est produit. La présence de la centrale nucléaire a protégé le site du public, les berges de la Meuse sont retournées à l’état naturel, d’autant que la rivière n’est pas navigable sur ce tronçon. On a vu réapparaître des espèces rares comme le faucon pèlerin, le balbuzard pêcheur, le castor et même la loutre, disparue de la région depuis 1968». La loutre, fort craintive, ne se laisse pas voir, mais des traces ont été relevées à plusieurs reprises. Il n’en fallait pas plus pour baptiser «sentier de la loutre» un parcours-découverte de 3,5 km le long de la Meuse. Les barbelés de la centrale nucléaire sont à un jet de pierre, et les énormes cheminées de réfrigération dominent le site, mais le visiteur peut se promener librement sur 20 hectares et même y cueillir des mûres. Protéger la nature Benoît Moinet a convaincu l’électricien public EDF d’aménager un «paradis» des oiseaux là où la centrale venait au bulldozer chercher de la terre pour ses remblais. On est alors en 1996, et le naturaliste vient d’observer une jeune femelle faucon pèlerin, posée sur le flanc de la cheminée de refroidissement, à pic sur une mince échelle à 100 mètres du sol. «Imaginez une jeune femelle faucon pèlerin, qui voit une grande paroi claire. Elle ne sait pas que c’est du béton, elle voit une falaise calcaire, son nichoir préféré, car le calcaire ne retient pas l’eau et ses œufs seront au sec. Elle s’installe», raconte Emmanuel Houeix, de Symbiose. Nullement gêné par l’épaisse volute de vapeur d’eau que crache la tour de réfrigération, le rapace choisit ce point haut pour guetter les pigeons dont il raffole. Deux ans plus tard, la femelle revient en couple, et Benoît Moinet convainc EDF d’élargir la plate-forme pour éviter que les futurs petits faucons ne tombent du nid. Les naturalistes installent graviers et mottes de terre... deux petits naissent en juin dernier. La centrale de Chooz compte désormais un des quatre couples de faucons pèlerins des Ardennes. EDF comprend vite l’intérêt pour son image de la protection de l’environnement. Le site nucléaire de Chooz attire déjà 12 000 visiteurs par an. «Les visites sont notre meilleur outil de communication», souligne Nathalie Cable Marin, chargée de la communication de Chooz. Les installations d’EDF sont les plus visitées de France. La centrale de Chooz finance l’aménagement du sentier et un animateur, soit un investissement de quelque 15 245 euros par an. Symbiose, qui compte 250 membres, laisse à d’autres le combat contre le nucléaire. «Les déchets, ce n’est pas notre cause, nous œuvrons pour la protection de la nature», souligne Benoît Moinet.
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