La tension monte au Chiapas, dans le sud du Mexique, à une semaine de la tenue d’élections régionales considérées par beaucoup comme une étape essentielle sur la voie d’un règlement de la guérilla zapatiste. Dans l’édition de dimanche du quotidien El Financiero, le ministre de l’Intérieur, Diodoro Carrasco, prédit que le «test démocratique» du 20 août prochain dans le Chiapas permettra d’apaiser les passions. «Nous avons confiance dans le fait que ces élections se dérouleront dans une atmosphère de normalité (...) et, parallèlement aux autorités locales, le ministère est intervenu pour renforcer la sécurité», poursuit Carrasco. L’élection régionale au Chiapas est le premier scrutin organisé au Mexique depuis la défaite retentissante du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) à la présidentielle du 2 juillet. Pour le président élu, le conservateur Vicente Fox, qui a mis fin à 71 ans de règne «PRIste» ininterrompu, cette élection au Chiapas peut être la «clef» d’une relance des pourparlers de paix entre le gouvernement fédéral et l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), qui a pris les armes le 1er janvier 1994. Selon les sondages, le candidat de l’opposition locale Pablo Salazar, soutenu par huit partis dont le Parti d’action nationale de Fox et le Parti de la révolution démocratique (PRD, gauche), possède une chance véritable de battre le sénateur Sami David, du PRI, et mettre fin à ce que certains observateurs qualifient d’oligarchie au Chiapas. L’importance, les enjeux du scrutin ont conduit à un climat très tendu. Le 4 août, des partisans de Pablo Salazar ont physiquement empêché Sami David de tenir une réunion de campagne dans la ville natale de son adversaire, Soyalo. Le candidat du PRI a accusé Pablo Salazar d’incitation à la violence. Les autorités locales font également état d’une intensification des affrontements entre partisans du PRI et sympathisants zapatistes. Le vice-procureur de l’État, Miguel Angel Yanez a ainsi indiqué qu’une cinquantaine de zapatistes présumés, armés de machette et le visage masqué, avaient expulsé de chez eux quelque 115 sympathisants du PRI vendredi soir dans la ville d’Ocosingo. Quelques jours plus tôt, des miliciens proches du PRI avaient agi de même à l’encontre d’une soixantaine de familles accusées de sympathies zapatistes à Yajalon, dans le nord du Chiapas. Parallèlement à ces opérations armées, le spectre de la fraude électorale et de l’achat de voix plane sur les élections de dimanche prochain. L’opposition a accusé à plusieurs reprises le gouverneur Roberto Albores d’utiliser des finances publiques à des fins partisanes. Quelque 4 000 observateurs nationaux et étrangers veilleront au bon déroulement du scrutin.
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