L’offensive engagée par l’industrie américaine du disque contre Napster Inc. pourrait bien se retourner contre elle, en nourrissant l’appétit des internautes pour l’échange de musique en ligne, estiment les experts du secteur. Il aurait peut-être mieux valu trouver un terrain d’entente avec la société de la Silicon Valley pour pouvoir entrer sur le marché de la musique en ligne, soulignent-ils. L’Association américaine de l’industrie phonographique (RIAA) a, rappelle-t-on, entamé des poursuites contre Napster en décembre dernier, accusant le service de recherche et d’échange de morceaux musicaux d’encourager le piratage musical. Le logiciel Napster, lancé l’an dernier, permet aux internautes connectés sur le réseau d’échanger gratuitement les fichiers musicaux stockés sur leurs disques durs au format MP3. Le procès n’a pas réussi à dissuader les utilisateurs du service. On en compte aujourd’hui plus de 20 millions dans le monde. «Les poursuites contre “Napster” ont probablement beaucoup contribué à cette croissance», explique Bruce Fries, auteur d’un livre sur cette technologie. “Napster” n’aurait jamais vu le jour si les maisons de disques avaient elles-mêmes répondu à la demande en mettant en ligne des grands noms de la chanson», ajoute-t-il. De plus, Napster a remporté vendredi dernier une victoire inattendue. Deux jours après la décision d’une cour de San Francisco lui intimant de fermer ses serveurs ce jour-là à minuit, une cour d’appel fédérale a suspendu l’injonction dans l’attente d’un jugement sur le fond de l’affaire – infraction aux droits d’auteurs – ce qui pourrait prendre plusieurs mois. Un accord à l’amiable ? Allen Tsai, l’un des responsables de Keynote Systems Inc., qui mesure l’audience des sites Internet, estime que le site napster.com a connu ces derniers jours quatre à cinq fois plus de visites qu’auparavant. «L’attrait pourrait retomber dans quelques semaines, mais tout repartira de plus belle dès que le procès occupera de nouveau les premières pages des journaux», estime-t-il. «Quand ils essaieront de fermer “Napster” de nouveau, les visites recommenceront à augmenter», assure Tsai. La décision de la cour d’appel, qui semble marquer un tournant dans la bataille pour la protection des droits d’auteurs dans le cyberespace, pourrait surtout donner aux deux parties le temps de trouver un arrangement. Le PDG de Napster, Hank Barry, a promis que le service resterait disponible pendant toute la durée de l’appel mais a souhaité parvenir à un accord à l’amiable. Du côté des maisons de disques, rien n’est moins sûr. Le procès a divisé la communauté artistique. Certains, comme le groupe de heavy metal, Metallica, estiment que Napster encourage le vol pur et simple. D’autres, moins nombreux, pensent que c’est un bon moyen pour élargir leur public. Autre effet secondaire, qui pourrait s’avérer le plus dangereux pour l’industrie américaine du disque : les démêlés de Napster ont permis à d’autres services de sortir de l’ombre, comme Gnutella, qui permet aux internautes de télécharger des fichiers multimédia (musique et films). Pour Stephen Bradley, analyste du Gartner Group Inc, la RIAA devrait batailler plus prudemment contre Napster. Si le site est contraint à la fermeture, l’industrie du disque se retrouvera sans interlocuteur parce que les services comme Gnutella n’ont ni employés, ni direction, ni bureaux.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’offensive engagée par l’industrie américaine du disque contre Napster Inc. pourrait bien se retourner contre elle, en nourrissant l’appétit des internautes pour l’échange de musique en ligne, estiment les experts du secteur. Il aurait peut-être mieux valu trouver un terrain d’entente avec la société de la Silicon Valley pour pouvoir entrer sur le marché de la musique en ligne, soulignent-ils. L’Association américaine de l’industrie phonographique (RIAA) a, rappelle-t-on, entamé des poursuites contre Napster en décembre dernier, accusant le service de recherche et d’échange de morceaux musicaux d’encourager le piratage musical. Le logiciel Napster, lancé l’an dernier, permet aux internautes connectés sur le réseau d’échanger gratuitement les fichiers musicaux stockés sur leurs disques durs au...