Le 36e sommet des chefs d’État de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) se déroule du 10 au 12 juillet à Lomé en l’absence de deux pays importants du continent, l’Angola et la Côte d’Ivoire. Ce sommet ordinaire doit aborder les problèmes du sida qui ravage le continent, de la dette extérieure et des conflits qui secouent l’Afrique. L’intégration régionale et le développement doivent être également discutés, ont précisé les organisateurs à Lomé. Le gouvernement angolais a fait savoir dès mai qu’il allait boycotter le sommet de Lomé pour protester contre l’arrivée à la tête de l’OUA du président togolais Gnassingbé Eyadema qu’il qualifie d’allié de l’Unita, la rébellion angolaise de Jonas Savimbi. Le Togo doit assurer, après l’Algérie, la présidence en exercice de l’OUA. Selon le secrétaire général du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA - au pouvoir), Joao Lourenço, bras droit du chef de l’État angolais, la tenue d’un tel sommet à Lomé prouve «le manque de crédibilité de l’OUA». «Nous ne pouvons pas accepter que l’OUA soit présidée par quelqu’un dont le pays a été cité par le rapport Fowler (de l’Onu sur les violations des sanctions contre l’Unita). Le sommet du Togo montre clairement que l’OUA vient de donner son feu vert à M. Gnassingbé Eyadema qui va poursuivre son soutien aux terroristes. Nous n’irons pas à Lomé», avait-il déclaré à la radio-télévision officielle. La décision de l’Angola fait suite à une résolution récente du Conseil de sécurité de l’Onu qui encourage les pays membres à agir pour que les pays cités par le rapport Fowler ne puissent organiser des conférences internationales. Le secrétaire général de l’OUA, Salim Ahmed Salim, a cependant invité l’Angola, qui a demandé que le sommet se tienne à Addis-Abeba, siège de l’organisation, à venir s’exprimer lors du sommet de l’OUA dans la capitale togolaise. Mais le gouvernement angolais a réitéré son refus de se rendre à Lomé. «Nous boycottons Lomé et non l’OUA, a déclaré une source officielle. Ce qui est en cause ce sont les autorités du Togo qui appuient la rébellion (angolaise)». La Namibie, très proche de Luanda depuis la lutte d’indépendance de la SWAPO contre l’occupation sud-africaine, vient également d’annoncer qu’elle va boycotter le sommet. Le gouvernement de Windhoek reproche également à l’Unita d’entretenir l’insécurité dans le nord du pays, frontalier avec l’Angola. L’absence de la Côte d’Ivoire résulte, elle, d’une première dans l’histoire de l’OUA. Au cours de son dernier sommet à Alger, l’organisation, qui compte maints chefs d’État au pouvoir après des coups de force, a adopté une résolution selon laquelle, elle n’est plus disposée à tolérer les coups d’État. «À partir d’aujourd’hui, aucun coup d’État ne sera toléré. Le régime ne sera pas reconnu. Ceux qui prennent le pouvoir par la force n’auront pas leur place en Afrique», a indiqué le porte-parole de l’OUA, Ibrahim Dagash. «S’il y a une réunion demain, et qu’entre-temps se produit un coup d’État, ses auteurs ne seront pas admis à cette réunion», a-t-il poursuivi. Le chef de la junte ivoirienne, arrivé depuis le sommet d’Alger au pouvoir par un coup d’État (le 24 décembre 1999), a donc annoncé en mai qu’il ne se rendrait pas à Lomé, dans un message au président algérien Abdelaziz Bouteflika, président en exercice de l’OUA. «Il n’y aura pas d’exception pour la Côte d’Ivoire, dont nous avons condamné le putsch», avait notamment dit le secrétaire général de l’OUA, Salim Ahmed Salim. La Côte d’Ivoire sera «le test pratique le plus probable» de la résolution de l’OUA à Alger, «dénonçant les coups d’État et excluant de futurs sommets les régimes parvenus au pouvoir par la force», avait également déclaré le secrétaire d’État adjoint américain Strobe Talbott, au cours d’un colloque américano-sud-africain à Johannesburg.
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