Le Koweït a cicatrisé ses plaies dix ans après l’invasion irakienne mais a raté l’occasion de se moderniser, le conservatisme islamique sur la scène politique prenant le pas sur les réformes économiques. L’émirat pétrolier du Golfe a dépensé des dizaines de milliards de dollars, d’abord pour financer la coalition multinationale dirigée par les États-Unis, qui a chassé les troupes irakiennes en février 1991, ensuite pour réparer le gros des dommages causés par sept mois d’occupation. Mais, selon des analystes économiques et politiques, le Koweït a raté une chance en or pour fonder un État moderne en consacrant le gros des fonds à des projets non productifs et à monnayer des faveurs politiques. «Nous avons reconstruit et rénové, mais avons échoué à moderniser et développer notre système», estime Hajjaj Boukhdour, un expert économique. Durant l’occupation, le gouvernement a puisé plus de 20 mds USD dans le Fonds de réserve pour les générations futures pour financer la guerre et subvenir aux besoins des Koweïtiens ayant fui l’émirat. Ce Fonds était initialement destiné à garantir le bien-être des Koweïtiens lorsque les réserves pétrolières seront épuisées. En outre, près de 10 mds USD ont été dépensés pour la reconstruction et pour éponger les dettes contractées par des Koweïtiens auprès des banques nationales, en plus d’autres mds USD consacrés au programme de réarmement. Selon des rapports officieux, les avoirs du Fonds de réserve sont passés de près de 100 mds USD avant l’invasion à quelque 30 mds USD après la libération. Les dépenses gouvernementales d’après-guerre ont été consacrées essentiellement à la consommation, au détriment des projets de développement, note M. Boukhdour. «Pendant la dernière décennie, quelque 30 mds USD de dépenses supplémentaires ont été alloués à la consommation et aux projets non orientés vers le développement», affirme l’expert en reprochant au gouvernement son «hésitation à adopter des réformes et à promulguer des lois économiques importantes sur les privatisations, les impôts et les investissements étrangers». «L’administration politique actuelle a échoué. Elle est responsable de la carence durant et après l’invasion», estime Ahmed al-Dayeen, le secrétaire général du Forum démocratique, un groupe politique koweitien. L’ambassadeur des États-Unis au Koweït James Larocco avait exhorté les autorités à adopter une politique d’ouverture pour attirer les investissements étrangers. Durant la dernière décennie, la coalition des députés islamistes et tribaux avait réussi à faire adopter des lois bannissant la mixité, les concerts musicaux et empêchant l’octroi des droits politiques aux femmes. «La tendance de la société koweïtienne au renfermement politique et social après l’invasion a abouti au retard des décisions politiques et a placé le gouvernement sous l’influence des groupes de pression», estime M. Boukhdour. Depuis l’invasion, «les islamistes sont devenus plus islamistes et les libéraux plus libéraux, le reste étant une majorité silencieuse», résume Merza Hassan, doyen de la faculté des sciences administratives à l’Université de Koweït.
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