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Actualités - Reportages

Retrouver un être cher quarante ans plus tard (photo)

Jean Hagop Buchakjian habite Zahlé en semaine. En week-end et en été, il retrouve ses frères, ses sœurs et sa mère dans la grande maison familiale de Anjar. Jean a lui aussi une histoire à raconter. Celle de son oncle maternel et de sa grand-mère qui se sont perdus de vue durant le génocide arménien et qui se sont retrouvés quarante ans plus tard. «En 1915, ma grand-mère a quitté son village natal de Hadgen avec ses deux fils, Aram âgé de 8 ans et Kévor âgé de 2 ans», raconte Jean. Dans un caravansérail, avant d’arriver à Deir el-Zor, elle est encerclée avec un groupe d’Arméniens par les soldats turcs. Elle cache son fils aîné dans une chambre. Alors qu’elle ferme la porte, la jeune femme reçoit un coup de crosse sur la tête. Elle perd connaissance. Sa belle-sœur, qui ignorait que la jeune femme avait caché Aram, porte Kévor dans ses bras et aide sa bru, à moitié inconsciente, à reprendre le chemin de l’exode. Le fils cadet perd la vie en route. Alep, Bagdad, Damas, Zahlé, puis Anjar. La jeune femme, dont le mari est porté disparu en 1915 et qui croit que son fils aîné est mort, refait sa vie au Liban. Elle épouse un Arménien originaire d’Adana, dont elle a deux filles. Alep, 1954 : Sleimane Darbo, un Bédouin, entre dans un magasin tenu par une couturière arménienne. Il a soif, il demande à boire à la propriétaire du magasin qui s’adresse aux siens dans une langue étrange. «Quelle langue parlez-vous ?», demande le Bédouin. «L’arménien». «Est-ce qu’il y a toujours des Arméniens dans le monde ?» demande-t-il encore. Devant la couturière qui lui répond par l’affirmative et qui lui indique qu’elle est elle-même arménienne, il explique : «Je suis arménien, je m’appelle Aram Kiklik, ma mère est morte durant les massacres ; elle a reçu un coup de crosse sous mes yeux. J’avais 8 ans. Avant de fuir nous habitions Hadgen». «Elle m’a caché dans une chambre. Après le passage des troupes turques, un marchand de fripes originaire d’une tribu bédouine s’est occupé de moi», ajoute-t-il. La couturière arménienne, dont la mère est originaire du même village, effectue une enquête, par courrier, auprès des Arméniens qui ont trouvé refuge dans des localités syriennes et libanaises. Elle parvient à réunir la famille. Sleimane verra sa mère deux fois après les retrouvailles. La femme qui a retrouvé son fils n’a pas pu accepter le fait que son aîné mène la vie des tribus bédouines. «De plus, il habitait très loin, il fallait deux jours de trajet pour arriver chez eux», explique Jean. Marie, la mère de Jean et la demi-sœur d’Aram, commente l’histoire : «Mon frère est resté vivant après les massacres, mais les Turcs ont réussi à nous séparer par la vie et non par la mort».
Jean Hagop Buchakjian habite Zahlé en semaine. En week-end et en été, il retrouve ses frères, ses sœurs et sa mère dans la grande maison familiale de Anjar. Jean a lui aussi une histoire à raconter. Celle de son oncle maternel et de sa grand-mère qui se sont perdus de vue durant le génocide arménien et qui se sont retrouvés quarante ans plus tard. «En 1915, ma grand-mère a quitté son village natal de Hadgen avec ses deux fils, Aram âgé de 8 ans et Kévor âgé de 2 ans», raconte Jean. Dans un caravansérail, avant d’arriver à Deir el-Zor, elle est encerclée avec un groupe d’Arméniens par les soldats turcs. Elle cache son fils aîné dans une chambre. Alors qu’elle ferme la porte, la jeune femme reçoit un coup de crosse sur la tête. Elle perd connaissance. Sa belle-sœur, qui ignorait que la jeune femme...