Bizarre coïncidence : les pointages les plus pointus indiquent que plus de 80 % des députés actuels vont garder leurs sièges. La même proportion que le taux d’abstention enregistré lors des élections de 1992 ! Les spécialistes notent que, cette année, on va se contenter de larguer quelques indésirables au profit de nouveaux venus qui offrent la particularité d’être aussi de nouveaux riches. Et de remettre en selle quelques chevaux de retour éliminés «injustement» en 1996. Ni le système, ni la configuration de la Chambre, ni surtout sa légendaire docilité ne risquent d’être altérés. Un dicton local affirme qu’«une lettre se lit du libellé de l’adresse». Ainsi, il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre, dès le départ, que les destinées politiques de ce pays ne sont promises à aucun changement de fond. En effet, la loi électorale adoptée, encore plus déséquilibrée et discriminatoire que la précédente, ce qui est un rare exploit, ne permet pas de corriger la trajectoire. Elle autorise par contre le parachutage et la fabrication des listes «principales» dans d’occultes conditions. Qui brisent tout espoir d’élections véritables, c’est-à-dire libres. Les résultats sont dès lors, globalement, courus d’avance. Et l’on revient dès lors au thème chanté par les néoloyalistes depuis l’avènement du présent gouvernement, il y a un an et demi. Ou, plus exactement, depuis le fiasco de sa première entreprise politique, la tentative de réforme administrative. «Il faudra attendre, pour amorcer le changement, la mise en place d’une nouvelle Chambre, mieux harmonisée avec nos vues», entendait-on répéter dans les coulisses du pouvoir. Mais comme les mêmes groupes vont de nouveau se partager le gâteau à peu près dans les mêmes proportions, il ne faudra pas compter sur le Parlement pour engager le pays dans une voie différente, forcément meilleure. Ironie du sort, s’il doit y avoir changement de cap, ce serait par le fait du prochain gouvernement ! Autrement dit, les membres de l’équipe actuelle risquent d’être eux-mêmes changés, au grand dam de leurs partisans qui ne voyaient pas la réorientation sous cet angle. Il paraît d’ailleurs plus logique, sinon plus normal, de miser sur l’Exécutif plutôt que sur le Législatif pour amorcer le redressement, puisqu’il détient justement le pouvoir d’orientation et de décision. Illusoires ou pas «les espérances ne peuvent se situer qu’au niveau du gouvernement», affirment des hommes politiques influents. À leur avis, la composition du Cabinet, uniquement formé de politiciens ou mâtiné de technocrates, «importera beaucoup moins que la fiabilité de ses membres. Il faudra qu’ils inspirent confiance à l’intérieur comme au-dehors, par leur compétence, leur probité, leur sens de l’État et leur esprit d’initiative». Des qualités d’autant plus rares que ce ministère, relèvent les mêmes sources, «devra être solidement soudé, former une même équipe de travail animée par un seul et même objectif prioritaire, le redressement socio-économique». Ce qui nécessite cependant, il convient de le rappeler, un renforcement de la cohésion politique du pays. Quoi qu’il en soit, ces personnalités en reviennent à la Chambre pour souligner qu’elle aura «à assumer le choix crucial de la sélection des hommes qu’il faudra installer à la barre. Si la majorité parlementaire devait par malheur porter son choix sur un chef de gouvernement qui ne serait pas à la hauteur, elle causerait au pays un tort énorme dont il la tiendrait responsable. Ensuite, poursuivent ces sources, il appartiendra au chef de l’État et au président du Conseil désigné de composer ensemble le ministère, de savoir bien en désigner les membres. Mais, en principe, le dernier mot devra revenir au Parlement lors du débat d’investiture qui se clôture par un vote de confiance. Encore une fois, c’est la Chambre qui serait responsable, si elle devait accepter la mise en place d’un gouvernement comprenant des ministres incompétents». En pratique, on le sait, c’est assez différent. Soit il y a consensus entre les dirigeants et les députés, ce qui n’est pas difficile dans un système monochrome. Ou bien les parlementaires reçoivent gentiment «l’inspiration d’en haut» ; ou bien ils sont bombardés d’un «mot d’ordre» comminatoire. Ainsi, jamais la Chambre n’a refusé sous la présente république sa confiance à un gouvernement nouvellement formé et l’on ne peut s’en remettre à elle pour corriger un éventuel mauvais choix. Les personnalités citées soulignent d’ailleurs cette constante, pour répéter que «le changement ne sera possible qu’à travers un gouvernement véritablement nouveau. Et dont la composition même reflétera la nature. Concrètement, concluent ces professionnels, le prestige du chef de l’État et son influence sur les députés devraient aiguiller d’une manière positive le choix de ces derniers concernant le nouveau président du Conseil».
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