Des dissonances sont apparues hier entre le Kremlin et les militaires russes en Tchétchénie, qui ont confirmé des informations selon lesquelles des combats ont opposé les forces fédérales aux combattants indépendantistes dans le sud-est de la République. Quelques heures plus tôt, le porte-parole du Kremlin pour la Tchétchénie, Sergueï Iastrjembski, avait catégoriquement démenti l’information donnée par un porte-parole des indépendantistes tchétchènes et reprise par des médias étrangers, qui faisait état de plusieurs dizaines de morts russes lors de violents combats lundi soir dans la région de Serjen-Iourt. «Il n’y a pas eu de combats en Tchétchénie», avait affirmé M. Iastrjembski, cité par l’agence Itar-Tass. «Aucun combat n’a eu lieu dans la région de Serjen-Iourt», avaient précisé ses services, cités par l’agence Interfax. Mais le chef du service de presse des forces russes en Tchétchénie, Sergueï Artemov, cité par Itar-Tass, a reconnu un peu plus tard que des combats s’étaient effectivement déroulés dans la région de Serjen-Iourt. M. Artemov a affirmé que les Russes n’avaient pas subi de pertes importantes, mais ces déclarations contradictoires illustrent l’absence de coordination dans la communication officielle de Moscou sur la Tchétchénie. Près de dix mois après le début de leur intervention dans la République indépendantiste du Caucase, le 1er octobre 1999, les forces russes sont toujours confrontées au harcèlement quotidien des groupes rebelles, en particulier dans la capitale, Grozny, dans des combats dont l’ampleur est la plupart du temps impossible à vérifier. En l’absence d’observateurs indépendants, chaque camp a pour habitude d’exagérer le bilan des pertes dans le camp adverse et de minimiser les siennes. Les indépendantistes sont eux aussi loin de parler d’une seule voix, les dissensions anciennes entre le président indépendantiste Aslan Maskhadov et les chefs de guerre les plus radicaux comme Chamil Bassaïev ou Khattab se révélant dans cette bataille de l’information où chaque faction cherche à s’attribuer les succès militaires tchétchènes. Un porte-parole tchétchène proche de cette faction radicale, Movladi Oudougov, avait affirmé lundi soir que plusieurs dizaines de Russes avaient été tués dans de violents combats à Serjen-Iourt, consécutifs à l’attaque d’un convoi de blindés et de camions russes par une centaine de combattants tchétchènes. Un analyste de l’agence d’informations militaires AVN, Iouri Gladkevitch, a estimé hier qu’il y avait «des raisons de douter de l’objectivité des propos de M. Iastrjembski», qui a démenti cette information. «Les structures officielles russes ont déjà plusieurs fois passé sous silence les pertes russes en Tchétchénie», a souligné M. Gladkevitch. La télévision privée NTV a ajouté un élément au dossier en diffusant hier des images d’un camion russe victime d’une mine télécommandée dont l’explosion avait fait quatre morts le 21 juillet. Ces images, montrant des soldats russes emportant le corps de leurs camarades, «témoignent d’un événement jamais mentionné dans aucun communiqué militaire, bien que les forces russes aient subi des pertes», a souligné NTV. Aucun incident majeur n’a été signalé hier sur le territoire tchétchène, où les Russes ont annoncé avoir été à dix reprises en 24 heures la cible d’attaques et effectué des bombardements sur des positions indépendantistes dans les gorges de l’Argoun et de Vedeno (sud-est).
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