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Actualités - Chronologie

Le nouveau front sino-russe achoppe sur les réalités économiques

Le nouveau front sino-russe contre «l’hégémonie» américaine, illustré par la visite à Pékin de Vladimir Poutine, se heurte aux réalités économiques, les deux pays ayant désespérément besoin de l’aide des pays occidentaux pour leur développement, estiment les experts. Lors du sommet de mardi avec son homologue Jiang Zemin, le président russe a fait bloc avec Pékin contre le projet américain de bouclier antimissile (NMD), en lequel les deux pays voient une menace pour leur propre dissuasion nucléaire. «C’est un front assez solide en apparence», relève depuis Hong Kong Jean-Pierre Cabestan, directeur du Centre d’études français sur la Chine contemporaine. «Les Chinois ont obtenu une grande victoire diplomatique avec l’alignement des Russes sur leurs positions à propos du NMD et de Taïwan». Avant le sommet du G8 au Japon, M. Poutine a cherché à se renforcer en Asie par ses visites à Pékin et à Pyongyang. «Les Russes sont satisfaits d’avoir un allié qui leur permet de faire pression dans toutes leurs négociations avec les États-Unis», estime le sinologue. Les diplomates doutent cependant que l’entente sino-russe dépasse le stade d’une alliance ponctuelle face à Washington, trois décennies de brouille sino-soviétique étant là pour rappeler que les intérêts des deux géants voisins ne coïncident pas toujours. «Il y a une conjonction d’intérêt face au NMD, mais pas de front sino-russe en toute heure et en tout lieu», relève un diplomate occidental, qui juge Pékin et Moscou très loin de l’étroite coopération des années 50, lorsque la modernisation de la Chine dépendait entièrement des experts soviétiques. Le sommet de Pékin a donné peu de résultats concrets, les deux pays réaffirmant simplement leur souhait d’engager des projets dans les cartons depuis des années, particulièrement dans le secteur de l’énergie. «Ils n’en ont pas le premier sou», note M. Cabestan, soulignant que les deux pays ne peuvent se passer des investissements des pays riches pour moderniser leur appareil de production. Quant aux échanges commerciaux, ils ne dépassent pas 6 milliards de dollars par an, soit le dixième du déficit commercial américain vis-à-vis de la Chine. Sur le plan stratégique, les deux pays sont bien en peine de préciser quelle riposte ils apporteraient au NMD si le président Bill Clinton décide en août d’engager les États-Unis dans cette voie. M. Poutine a promis «une réponse», sans plus de détails. Selon des responsables des deux pays, il pourrait s’agir d’études visant à percer le bouclier américain par des tirs de faux missiles ou de ballons qui leurreraient les antimissile américains. Pékin et Moscou ont averti que le NMD risquait de relancer la course aux armements. Mais en pratique, la Chine, tétanisée par l’avance technologique américaine, «sait qu’elle n’a rien à gagner d’une course aux armements similaire à celle qui a mis à genoux l’URSS, et la Russie n’en a guère les moyens», estime le diplomate occidental. Quant aux menaces voilées de prolifération des armements, elles ne changent guère la donne. «La Chine prolifère déjà avec le Pakistan et la Corée du Nord», estime M. Cabestan. Quant à la Russie, en lutte contre les indépendantistes tchétchènes, «on la voit mal vendre des armes de pointe à des pays musulmans», selon le diplomate.
Le nouveau front sino-russe contre «l’hégémonie» américaine, illustré par la visite à Pékin de Vladimir Poutine, se heurte aux réalités économiques, les deux pays ayant désespérément besoin de l’aide des pays occidentaux pour leur développement, estiment les experts. Lors du sommet de mardi avec son homologue Jiang Zemin, le président russe a fait bloc avec Pékin contre le projet américain de bouclier antimissile (NMD), en lequel les deux pays voient une menace pour leur propre dissuasion nucléaire. «C’est un front assez solide en apparence», relève depuis Hong Kong Jean-Pierre Cabestan, directeur du Centre d’études français sur la Chine contemporaine. «Les Chinois ont obtenu une grande victoire diplomatique avec l’alignement des Russes sur leurs positions à propos du NMD et de Taïwan». Avant le...