Les Palestiniens étaient sceptiques hier sur les déclarations du Premier ministre israélien Ehud Barak, qui s’estime en meilleure position pour faire la paix avec eux, à la tête de sa nouvelle coalition gouvernementale. «Les Palestiniens pensent qu’ils ont toujours une possibilité de négocier avec Barak. Mais, il est évident qu’il n’est pas plus fort à présent qu’avant la crise gouvernementale qu’il vient de surmonter», affirme M. Khalil Shikaki, directeur du Centre d’études et recherches sur la Palestine. M. Barak a estimé avoir sauvegardé le processus de paix en troquant jeudi la démission de son allié fidèle le parti pacifiste de gauche Meretz contre le maintien au sein de sa coalition du parti ultraorthodoxe Shass. Les trois ministres du Meretz ont renoncé à leurs portefeuilles après avoir réalisé que le Shass allait renverser le gouvernement de M. Barak s’ils ne se sacrifiaient pas, préservant ainsi les chances d’un accord de paix dans le volet palestinien. Le Meretz étant mis à l’écart, M. Barak dirige techniquement un gouvernement de minorité, mais peut compter dans ses efforts de paix sur l’appui de ses amis, les 10 députés du parti de gauche, et sur les 10 autres de la minorité arabe. Les Palestiniens estiment toutefois que la nouvelle structure du Cabinet a mis M. Barak en porte-à-faux pour des négociations crédibles avec eux. «Ainsi limité, Barak n’est plus en mesure de répondre à ce qu’on attend d’un dirigeant israélien supposé trancher de décisions en vue d’une réconciliation historique», estime M. Mahdi Abdel Hadi, président de l’Association académique palestinienne pour l’étude des affaires internationales (PASSIA). Israël et les Palestiniens doivent conclure un accord global et permanent de paix dans moins de trois mois, mais des divergences énormes les partagent toujours sur toutes les questions importantes en litige, notamment le statut de Jérusalem, les frontières de la future entité palestinienne, le sort des colonies juives et celui des réfugiés palestiniens. M. Shikaki a par ailleurs émis des doutes sur le soutien indéfectible du Meretz au nouveau Cabinet Barak et estimé que ce dernier pourrait s’orienter à droite sous la pression du Shass. «Les gens sont soulagés de savoir que Barak a sauvé son Cabinet et que le processus de paix n’est pas enterré. Mais cela ne réconforte pas les Palestiniens, car le Meretz était le plus vibrant avocat de la paix, et l’engagement du Shass à ce propos est sujet à caution», a indiqué M. Shikaki. Le Premier ministre israélien a déjà accepté de permettre au chef du Shass Eli Yishaï de se joindre à lui début juillet, lors du sommet de Washington entre lui-même et les présidents américain Bill Clinton et palestinien Yasser Arafat, a indiqué la radio israélienne. Un accord-cadre sur le règlement permanent avec les Palestiniens est au programme de cette réunion. Selon M. Abdel Hadi, également membre du PASSIA, l’ensemble du processus de paix au Proche-Orient souffre actuellement d’une carence de direction politique. «Tous les pays de la région en pâtissent, Israël avec Barak, les territoires palestiniens avec Arafat, la Syrie, la Jordanie du roi Abdallah (II). Et Clinton est en fin de mandat», a-t-il dit. Les Palestiniens reprochent par ailleurs à Israël de ne pas avoir rempli ses engagements, notamment un important retrait de la Cisjordanie prévu hier. Selon les accords d’Oslo de 1993, l’ampleur de ce retrait n’a pas été clarifiée, mais les Palestiniens indiquent que lorsqu’il sera réalisé, ils devront contrôler plus de 90 % de la Cisjordanie. M. Nabil Abou Roudeina, conseiller de M. Arafat, indique pour sa part que, quelle que soit la composition du gouvernement de M. Barak, il doit respecter ses engagements.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les Palestiniens étaient sceptiques hier sur les déclarations du Premier ministre israélien Ehud Barak, qui s’estime en meilleure position pour faire la paix avec eux, à la tête de sa nouvelle coalition gouvernementale. «Les Palestiniens pensent qu’ils ont toujours une possibilité de négocier avec Barak. Mais, il est évident qu’il n’est pas plus fort à présent qu’avant la crise gouvernementale qu’il vient de surmonter», affirme M. Khalil Shikaki, directeur du Centre d’études et recherches sur la Palestine. M. Barak a estimé avoir sauvegardé le processus de paix en troquant jeudi la démission de son allié fidèle le parti pacifiste de gauche Meretz contre le maintien au sein de sa coalition du parti ultraorthodoxe Shass. Les trois ministres du Meretz ont renoncé à leurs portefeuilles après avoir réalisé...