Vingt-cinq ans après la fin de la guerre du Vietnam, l’accord de libéralisation des relations commerciales annoncé jeudi par le président américain Bill Clinton consacre la lente normalisation des relations entre les deux anciens belligérants. «Nous semons les graines pour un avenir meilleur à partir d’un passé amer», a déclaré M. Clinton lors de la cérémonie de signature qui a eu lieu dans le jardin de la Maison-Blanche. Cet accord constitue le point d’orgue des efforts de normalisation avec Hanoi de Bill Clinton, à six mois de son départ de la Maison-Blanche au terme de son second mandat présidentiel. La volonté de tourner la page avec ce pays répond toutefois à un engagement politique des deux grandes formations politiques américaines, démocrates et républicains. Un tel accord «aurait été impensable il y a dix ou quinze ans, mais il est issu d’une volonté de traiter avec le Vietnam qui a prévalu sous plusieurs administrations», estime Richard Haass, ancien conseiller diplomatique du président George Bush et vice-président de l’institut d’études internationales Brookings. L’accord avec Hanoi était d’ailleurs plutôt bien accueilli au Congrès, tant sur les bancs républicains que démocrates, en particulier chez les «vétérans» du conflit. «Je pense que nous pouvons le faire passer», a déclaré le sénateur John McCain, candidat malheureux à l’investiture républicaine pour la présidentielle et ancien prisonnier de guerre au Vietnam. Max Cleland, un sénateur démocrate mutilé lors du conflit, qui se déplace aujourd’hui en fauteuil roulant, a également affirmé qu’il «votera positivement» pour cette ouverture commerciale avec l’ancien ennemi. Plus de 58 000 soldats américains sont morts pendant la guerre du Vietnam (1959-1975), le plus long conflit dans lequel aient été engagés les États-Unis, et leur première grande défaite militaire. Vingt-cinq ans après la fin du conflit, 1 514 soldats américains sont toujours portés disparus au Vietnam, selon les statistiques du département de la Défense. La normalisation des relations a toujours été conditionnée par Washington à la bonne coopération des autorités vietnamiennes pour résoudre ce douloureux dossier. «Avec des relations commerciales plus stables, nous pourrons aussi parler davantage des questions politiques, et cela sera certainement positif pour résoudre les cas des disparus, qui restent notre plus importante priorité», a déclaré Josh Knights, responsable du département Asie à la Chambre de commerce américaine. Selon les chiffres officiels des autorités vietnamiennes, trois millions de Vietnamiens, dont deux millions de civils, ont été tués durant la guerre dont le souvenir a longtemps empêché toute perspective d’ouverture. Une première tentative de normalisation s’était soldée par un échec en 1978, amenant le président Jimmy Carter à privilégier les relations avec la Chine, adversaire de Hanoi dans la région. Il a fallu attendre 1991 pour voir la première délégation commerciale officielle américaine faire le voyage de Hanoi. La normalisation des relations diplomatiques en juillet 1995, vingt ans après le départ des derniers GI’s, a marqué un tournant historique, ponctué par la nomination hautement symbolique comme ambassadeur à Hanoi d’un ancien prisonnier de guerre, Douglas Peterson. Une visite du secrétaire à la Défense William Cohen en mars dernier a également illustré la volonté de tourner la page. «Sur le papier, nous sommes aujourd’hui proches d’une normalisation complète, mais je ne sais pas si c’est déjà le cas sur le terrain. Il faut encore consolider la confiance», estime Catharin Dalpino, spécialiste de l’Asie à l’institut Brookings, en relevant que l’aide de Washington à ce pays est encore modeste par rapport à d’autres pays en voie de développement de la même région.
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