Fils de, neveu de, frère de... Oussama Rahbani est arrivé au monde – musical – avec un lourd héritage, dangereux privilèges ; puis il a évolué dans une école – de la vie – particulière où ses «grands maîtres» lui ont enseigné l’importance de la musique, son langage, son expression et surtout la liberté de chercher sa propre inspiration. Oussama est parti loin, solitaire en quête de sons, comme des présences qui partageraient sa sensibilité et son existence. Il les a trouvés au cours de ses voyages imaginaires, intellectuels ou réels, enfouis dans une culture qu’il ne cesse d’enrichir, dans les musiques du monde, et surtout la nôtre, qu’il ne cesse de découvrir, dans une guerre qu’il ne cesse de maudire et finalement dans une société pleine de vices, de forme et de fond, qu’il ne cesse de rejeter. Il est allé jusqu’au bout de lui-même, de ses propres histoires, déchirures et révoltes, pour assimiler, créer, rédiger enfin des musiques qui lui ressemblent et qui racontent des histoires vraies. Car Oussama Rahbani est un passionné à froid, un calme qui retient sa colère, un faux calme qui observe, voit, s’indigne et met en sons et en images des réalités qui dérangent et qui ont dérangé. Son apprentissage personnel et musical se fera au fil des événements, des séparations et des rencontres. La première aura lieu à l’âge de sept ans, lorsqu’il touche des dix doigts «sa» merveille, le monde envoûtant de la musique que lui enseigne M. Hagop Arslanian. Tous les instruments le fascinent, le bouzouk pour sa complexité technique mais surtout le piano pour cette mélancolie qu’il dégage et qui lui ressemble sûrement. Tous les styles l’intéressent, l’oriental et le jazz, surtout. Il fonde avec ses amis et fous de jazz le Jazz Gate, en 86, travaille – un peu – avec son père avant de partir en 1990 à Boston, au «Berkeley College of Music» pour un stage de quelques mois, où il se plaira à écouter de nouvelles «variations» et apprendre encore... À son retour, il collabore dans le théâtre de son père et celui des autres, confrères et amis ; son nom et sa musique figureront dans de nombreuses pièces de théâtre telles al-Ouassiya ; al-Inkilab ; al-Aassifa. Et surtout, il conçoit des vidéo-clips qui vont – forcément – dénoncer et changer l’ordre établi... Le tournant de 97 Après une année sabbatique faite de réflexions, de recul, d’états d’âme, bons et moins bons, Oussama revient en 1997 au-devant de la scène exprimer les bavardages de son esprit et de son âme rassasiés de silence. Une année importante qui demeure pour lui un tournant pris avec la passion – apparemment froide – d’un sagittaire qui dirige ses flèches là où «ça fait mal». Lazem Ghayer Nizam est une autobiographie qui ressemble à son créateur-concepteur, mis en mots par son jeune frère Ghadi. Un vidéo-clip qui étouffe tant il contient les malaises d’un individu – Oussam y joue son propre rôle – qui n’en peut plus. Chacun pourrait se retrouver dans cette réalité – petites et grandes violences – agressions du corps et de l’âme vécues au quotidien. Il nécessitera presque deux ans de préparation et de tournage, se fera avec la complicité de la maison de production «The Talkies» et la sensibilité du réalisateur Ghassan Koteit. Le clip – interdit d’antenne durant deux semaines – remporte le prix MCM du meilleur clip à la «Nuit des Clips Méditerranéens», et cela malgré la présence d’importants musiciens européens et arabes. Il sera suivi d’un CD intitulé New Order, une dédicace à Ravel, précise-t-il, et d’un nouveau vidéo-clip Heïda Loubnan, description sarcastique d’un Liban plein de contradictions. En 1998, il sort un nouveau CD, Oussama Goes to the Theatre, dans lequel il réunit une compilation de ses compositions faites pour le théâtre. Il crée également des musiques de films, prépare – en famille – Last Days of Socrate dans lequel il intervient, comme à chaque fois, soigne les détails, les costumes, la personnalité même de la pièce, sa musique enlaçant les personnages, comme il le dit si bien ; il ira jusqu’en Russie l’enregistrer, magistralement accompagné par l’Orchestre philharmonique de Kiev. L’année suivante, il produit Bisabah al-alf al-Thaleth, composition de Mansour Rahbani, interprétation de Carol Samaha, un clip très simple mais qui fut fortement remarqué, avant de se faire plaisir, encore une fois, en rêvant grand, voyant grand et travaillant grand, sur le grandiose projet familial Wa Kam Fil Yom al-Thaleth et dont la première eut lieu, avec succès, le 18 mai. Le spectacle a pris son envol, Oussama est parti retrouver son clavier et sa solitude. Les mains posées sur les touches noires et blanches qu’il caresse avec son âme, la musique se met à parler, passe de sa tête jusqu’au bout de ses doigts, en s’arrêtant, longuement, sur son cœur. «Je suis un éternel insatisfait ; j’éprouve de l’extase lorsque j’écris, que je découvre. Mais quand le travail est achevé, abouti, je ressens comme la fin de quelque chose et un grand vide après. Je me dis alors que c’était mieux avant, pendant...».
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