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Actualités - Reportages

Lorsque le fonctionnel devient beau (photos)

Qu’elle est loin l’époque où, pour avoir une valeur quelconque, un objet, quel qu’il fut, devait avant tout être fonctionnel. À l’inverse, les années où la rebellion à l’ordre établi frôlait l’illogisme pour donner des pièces inutilisables par principe sont bel et bien révolues. Aujourd’hui, l’heure est au design intelligent, beau et pratique tout à la fois. Quoi de plus subjectif que la beauté? Certes, il est des robes qui feront toujours rêver, des voitures qui resteront mythiques, mais comment classer telle ou telle pièce comme étant design et non classique? Dès lors que l’on approche un domaine artistique, les définitions se font floues, les perceptions sont subjectives. Selon le Petit Larousse, le design est une «discipline, développée au XXe siècle, visant à la création d’objets, d’environnements, d’œuvres graphiques, etc., à la fois fonctionnels, esthétiques et conformes aux impératifs d’une production industrielle». Le design concerne donc aussi bien la mode que les objets décoratifs, l’automobile… Pourtant, selon l’opinion de chacun, quelques nuances viennent altérer cette approche de base. «Le design concerne tout objet utile qui prend l’apparence d’un objet inutile, avance Léna Fadel, responsable de Sel et Poivre. L’objet doit donc être beau en soi, évidemment, mais il doit avoir une forme qui sort de son utilité première. Le design doit rendre la vie amusante, soit pour celui qui crée ces objets, soit pour celui qui les utilise. C’est le détail qui fait toute la différence. Avoir des objets purement fonctionnels est lassant. Le superflu fait rêver, donne un sens à la vie». «L’essence du design, c’est un produit utilitaire qui est en même temps beau à voir», confirme César Debbas, directeur du marketing chez Debbas, agent de Bang & Olufsen. Mais il ajoute : «De plus, un produit design doit être indémodable. Bien sûr, le design évolue, mais le produit garde un caractère intemporel». Nicolas Chedid, directeur d’Intermeuble, attache lui aussi beaucoup d’importance à la notion de temps: «Le design est un additif au fonctionnel pour lui donner un cachet agréable. Mais le fonctionnel est lui aussi extrêmement travaillé afin d’assurer un confort et une durabilité maximum. Une pièce de Cassina, par exemple, doit encore être la même 20 ou 30 ans après l’achat». Néanmoins, cette question de durabilité peut aussi entrer en totale contradiction avec l’essence de la mode branchée qui, elle, à l’inverse, se veut extrêmement rapide et changeante. «Nous optons pour les objets très tendance que nous ne présentons qu’une seule fois, explique Wissam Moubarak, responsable marketing de Sô. Quel est l’intérêt de montrer des objets que l’on a déjà vus il y a un an ?». «Le design va très vite, il change en permanence, approuve Léna Fadel. De plus, il ne doit pas nécessairement être épuré, le high-tech n’en est qu’une tendance. Parfois les formes sont forcées, les couleurs peuvent être vives». En fin de compte, il est particulièrement difficile de limiter un secteur où, justement, la créativité et la liberté d’innovation se veulent sans limite. «En fait, le design est un concept très flou, nuance Wissam Moubarak. Le design n’est pas forcément beau, et tout ce qui est beau n’est pas forcément design. C’est très relatif. Le design est d’abord contemporain. C’est ce qui est beau à un moment donné. Et il peut devenir absurde, il peut camoufler une banalité. C’est pourquoi je préfère parler de tendance, d’objet branché. La tendance peut être à l’originalité, ou à l’humour». Mais lorsque l’on parle de tendance, on est en droit de se demander qui, du designer ou de la tendance, est à l’origine de l’innovation. Là encore, les opinions divergent. Pour Léna Fadel, «le design va ainsi, aujourd’hui, des objets les plus banals aux plus importants. Il donne libre cours à l’imagination des créateurs. Il ne suit rien, il fait la tendance lorsque tel créateur a eu une idée». «C’est le courant qui fixe les designers, remarque pourtant Nicolas Chédid. Si, cette année, c’est le «wingué» qui est à la mode, toutes les sociétés commencent à décliner ce matériau. Le designer est un homme libre qui suit le mouvement actuel. Il donne une certaine forme, mais il suit toujours une tendance». Vers un eurodesign Pendant fort longtemps, l’Italie a eu la suprématie en matière de création design. Néanmoins, les choses changent actuellement, entrant dans le vaste courant de la mondialisation. «Nous avons commencé à importer des marques italiennes, bien sûr, raconte Léna Fadel. Mais en Finlande et en Suède, beaucoup de sociétés proposent de très beaux objets dans le domaine du design». «Il y a une révolution dans l’art hollandais, acquiesce Nicolas Chédid. L’Europe du Nord prend beaucoup d’importance. L’Autriche propose aussi des pièces superbes, travaillées à la main. Dans l’ensemble, les Italiens restent les plus grands, mais il y a une émergence des pays du Nord». À titre de contre-exemple dans le secteur du design audiovisuel, depuis 1925, la marque danoise Bang & Olufsen a contribué de façon radicale à la progression du design en matière de produits hi-fi et audiovisuels. «Le laboratoire de recherche, baptisé Idealand, travaille en permanence et dans le plus grand secret à de nouvelles innovations», indique César Debbas. Mieux encore, on ne peut plus parler aujourd’hui de nationalité précise dans le domaine du design comme dans tant d’autres. «On ne peut même plus faire de différence entre le design italien et les autres, indique Nicolas Chédid. Au Liban, on a tendance à classifier les objets selon les pays: le design est italien, les voitures sont allemandes. Mais c’est faux. La preuve, c’est que l’on voit les mêmes designers dans différents pays. Ainsi, des designers hollandais travaillent chez les Autrichiens; chez B&B, en Italie, on retrouve des designers allemands. Il y a une européisation du design». Le design est-il forcément cher ? Autre idée préconçue, les objets signés de créateurs doivent nécessairement coûter plus cher que d’autres ayant la même fonction, mais étant plus anodins. «Le prix d’un objet ou d’un meuble design s’explique par trois facteurs, indique Nicolas Chédid, d’abord, on paie cher le designer pour donner quelque chose de beau ; ensuite, la pièce est étudiée afin de s’adapter à toutes sortes d’intérieurs, quelle que soit leur taille ; c’est une philosophie du système. Enfin, les pièces doivent être durables, elles doivent résister au temps». «Par rapport à un article qui a la même fonction, un objet design est effectivement plus cher, approuve Léna Fadel, mais il ne faut pas oublier qu’un double travail a été effectué, au niveau du fonctionnement et au niveau de l’esthétique. Par ailleurs, certains objets design deviennent classiques». À la simple question de la signature vient s’ajouter le point essentiel de la qualité inhérente au produit design. «Le design se paie car il est le fruit de toute une recherche, déclare César Debbas. De plus, quand on utilise des matériaux nobles, la matière première est à la base elle-même chère. Si l’on veut intégrer une qualité extrême, cela coûte aussi de l’argent. Comme on dit en arabe: Ce qui est cher est bon marché. Et puis quand, au bout de 15 ans d’utilisation, vous sentez que le produit n’a pas vieilli, cela justifie le prix». Il ne faut cependant pas confondre là encore produits design et objets branchés. Car, dans une certaine mesure, une partie de la production créative tend à se populariser et donc à être plus accessible au niveau financier. «Ce n’est pas parce qu’un objet est tendance qu’il est branché, remarque Wissam Moubarak. N’importe quel objet, comme le plus banal des cendriers, a pris un certain temps de dessin. Le prix permet de classer un objet selon qu’il est plus ou moins design. Après, il faut tenir compte du matériau, du détail, etc.». Il n’y a donc aucune règle à établir dans un domaine aussi vaste que celui du design. C’est au coup de cœur, à la passion pure et simple que doit revenir la décision d’un achat design.
Qu’elle est loin l’époque où, pour avoir une valeur quelconque, un objet, quel qu’il fut, devait avant tout être fonctionnel. À l’inverse, les années où la rebellion à l’ordre établi frôlait l’illogisme pour donner des pièces inutilisables par principe sont bel et bien révolues. Aujourd’hui, l’heure est au design intelligent, beau et pratique tout à la fois. Quoi de plus subjectif que la beauté? Certes, il est des robes qui feront toujours rêver, des voitures qui resteront mythiques, mais comment classer telle ou telle pièce comme étant design et non classique? Dès lors que l’on approche un domaine artistique, les définitions se font floues, les perceptions sont subjectives. Selon le Petit Larousse, le design est une «discipline, développée au XXe siècle, visant à la création d’objets,...