La Russie parie sur l’Asie et se prononce pour un monde «multipolaire» face «à la domination des États-Unis», dans sa nouvelle doctrine de politique étrangère présentée hier par le chef de la diplomatie russe Igor Ivanov. Moscou «défendra les intérêts économiques nationaux» et les droits des Russes à l’étranger, affirme cette nouvelle doctrine adoptée trois mois après l’élection de Vladimir Poutine, un ex-agent du KGB (services secrets), au poste de président. La diplomatie russe s’appuiera au besoin sur les services secrets «lorsque les compétences des diplomates ne seront pas suffisantes», a indiqué M. Ivanov lors d’une conférence de presse. «La tendance à la mise en place d’un monde unipolaire avec une domination économique et militaire des États-Unis se renforce, et la Russie cherchera à créer un système multipolaire dans les relations internationales», affirme le texte présenté par le ministre russe, qui a été approuvé le 30 juin par M. Poutine. Dans ce contexte, «l’Asie a une importance croissante pour la Russie, en raison de sa situation géographique et de la nécessité de développer les régions de Sibérie et d’Extrême-Orient», selon la nouvelle doctrine. «L’un des principaux objectifs de la politique étrangère russe en Asie sont les relations avec la Chine et l’Inde», stipule le texte en soulignant «la similitude des approches russe et chinoise sur des questions-clés de politique internationale». Moscou et Pékin se sont notamment retrouvés sur la même longueur d’onde pour dénoncer le projet américain d’un système national de défense antimissile (NMD), qui violerait selon eux le traité russo-américain de défense antimissile ABM de 1972 et relancerait la course à l’armement. La Russie entend également «renforcer son partenariat avec l’Inde», l’un de ses principaux clients en matière d’armement. «L’assainissement général de la situation en Asie, sur fond d’ambitions géopolitiques grandissantes de certains États et de course croissante aux armements, a pour la Russie une importance capitale», dit le texte. «Préoccupé par la situation sur la péninsule coréenne», Moscou veut «participer sur un même pied d’égalité à la solution du problème coréen et maintenir des relations équilibrées avec les deux États» de Corée. M. Poutine doit se rendre à Pyongyang les 19 et 20 juillet pour la première visite d’un chef de l’État russe en Corée du Nord. La Russie renforcera également ses liens avec le Japon, «dans un esprit de bon voisinage répondant aux intérêts nationaux des deux pays», stipule le texte alors qu’un différend territorial continue à opposer Moscou et Tokyo sur les îles Kouriles, contrôlées par la Russie depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. «Le conflit en Afghanistan touche directement les intérêts de la Russie», poursuit par ailleurs le texte. Moscou «empêchera l’exportation du terrorisme et de l’extrémisme depuis ce pays» dirigé par la milice islamiste des taliban, préviennent les Russes. La Russie avait menacé en juin de lancer des frappes préventives contre les bases islamistes en Afghanistan où s’entraînent, selon elle, des combattants tchétchènes. La nouvelle doctrine russe réitère enfin l’opposition de Moscou à l’élargissement de l’Otan. Les experts s’attendaient à ce tournant de la politique étrangère russe. La Russie a accordé «beaucoup trop d’attention à ses relations avec les États-Unis» après la chute de l’URSS fin 1991, souligne Dmitri Trenine de l’antenne russe du centre Carnegie. «Ce n’est plus possible aujourd’hui», ajoute-t-il. «La Russie doit s’ouvrir vers l’Asie et faire un effort énorme si elle ne veut pas perdre sa dimension asiatique», a conclu cet expert.
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