Aiguillonnés par un «sentiment d’urgence», les 29 pays membres de l’OCDE ont souhaité hier un nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales au plus vite, mais des divergences USA-UE et Nord-Sud perdurent. Dans le communiqué adopté à l’issue de leur conférence ministérielle, les membres de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) se sont engagés à travailler au lancement «le plus rapide possible» d’un nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ils souhaitent un cycle «ambitieux, équilibré et large, et qui reflète les besoins et les aspirations de tous les pays membres de l’OMC», sans pour autant fixer de date butoir. «La discussion (...) s’est concentrée largement sur la question de savoir s’il est possible de refonder un consensus sur le lancement d’un nouveau cycle. Aucune conclusion ferme n’a été atteinte mais (...) ce fut une discussion productive», a déclaré la représentante américaine pour le commerce, Charlene Barshefsky. Les ministres reconnaissent implicitement que de nombreux obstacles restent à surmonter, en soulignant qu’une «volonté politique forte et plus de flexibilité de la part de toutes les parties sont nécessaires pour bâtir un consensus pour un nouveau cycle». C’est pourtant un «sentiment d’urgence», selon les termes de Pascal Lamy, le commissaire européen chargé des négociations commerciales de l’Union européenne, qui a dominé les discussions. «Le temps ne joue pas en notre faveur», a insisté M. Lamy, qui juge que la mondialisation, si elle est bénéfique, doit néanmoins obéir à des règles. Pour leur première réunion depuis l’échec de la conférence ministérielle de l’OMC à Seattle (État de Washington, ouest des États-Unis) en novembre, les ministres affirment avoir retenu la leçon en faisant montre de bonne volonté à l’adresse des militants antimondialisation qui avaient marqué la réunion de Seattle par leur forte mobilisation et des manifestations parfois violentes. «Il faut faire plus pour répondre aux préoccupations particulières et diverses des pays en voie de développement et il faut un engagement plus large avec nos sociétés (civiles) pour établir un dialogue constructif sur les bénéfices et les défis de la libéralisation du commerce», ont souligné les 29 ministres. Mais durant les deux jours de la réunion, la société civile a été peu visible, comptant à peine une centaine de manifestants lundi, alors que la figure emblématique de la contestation antimondialisation en France, l’agriculteur José Bové, doit être jugée vendredi à Millau, pour la destruction d’un restaurant McDonald’s l’été dernier. Toutefois, cette bonne volonté et ce sentiment d’urgence n’ont pas réussi à aplanir les divergences, non seulement entre les pays développés, en particulier les États-Unis et l’UE (agriculture, exception culturelle, organismes génétiquement modifiés...), mais également entre les pays du Nord et ceux du Sud. M. Lamy a ainsi précisé que l’OCDE n’était pas le lieu pour démarrer une négociation, ce qui aurait une nouvelle fois mis les pays en voie de développement en position de faiblesse. Nombre d’entre eux s’étaient amèrement plaints à Seattle de n’être pas assez pris en compte. «Nous (l’Union européenne) avons très clairement dit que l’OCDE ne pouvait être le forum où une décision serait prise sur un nouveau cycle. Le monde a changé, la décision ne peut être prise ici», a souligné M. Lamy. Pour le secrétaire d’État français au Commerce extérieur, François Huwart, le lancement d’un nouveau cycle «paraît plus probable en 2001», c’est-à-dire après les élections présidentielles aux États-Unis, en novembre. Mike Moore, le directeur général de l’OMC, a reconnu hier que les chances de lancer le cycle rapidement sont «modestes», de l’ordre de 15 à 20 %.
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