«On naît criminel, on ne le devient pas», soutenait Césare Lombroso au XIXe siècle. Au milieu du XXe siècle, celui qui associait l’inné avec un comportement délétère ou asocial était irrévocablement taxé de nazisme. En 1975, lorsque Edward Wilson, de l’Université de Harvard, dans son ouvrage «Sociobiologie» osa avancer que nos comportements étaient dictés par nos gènes, le soulèvement mondial qu’il a déclenché était à la mesure de l’indignation que suscitait sa théorie face aux exterminations raciales vécues par la planète. Aujourd’hui, après qu’études et contre-thèses se sont multipliées, on évoque le gène de l’intelligence, de l’homosexualité ou de la lubricité, du jeu et bien d’autres turpitudes à tort et à travers... Or, à la lumière des connaissances actuelles, lier un comportement délictueux ou antisocial à un seul gène est dangereusement réducteur. Grâce aux fantastiques percées de la génétique moléculaire, l’alchimie de l’hérédité et ses répercussions sont aujourd’hui mieux connues. S’il est admis que certains états peuvent avoir des causes biologiques, il est abusif de les lier à un seul gène. De multiples facteurs se combinent et entrent en jeu pour qu’un trouble ou un état donné se manifeste. Ce n’est certainement pas par prédestination qu’on devient délinquant, coureur ou alcoolique... Chaque cellule contient environ 100 000 gènes. Tous ne sont ni actifs, ni partout en même temps. Un gène donné n’entre en action que dans des circonstances précises. Son action se traduit par la production d’une protéine qui, à son tour, va entraîner la production d’hormones, sécrétions des glandes endocrines, transportées par le sang. Dans les années 70, plus précisément en 1975, l’entomologiste Edward Wilson établit une théorie selon laquelle les comportements sont régis essentiellement par les gènes. La réaction générale est très vive et Wilson devient le promoteur d’une science neuve : la sociobiologie. La psychologie évolutionniste, toujours en cours aux États-Unis, n’est que l’héritière de cette science. La génétique moléculaire réalisait de très rapides progrès, pendant que les partisans de l’acquis s’affrontaient aux défenseurs de l’inné. Mutations génétiques et comportement Au début de la dernière décade du XXe siècle paraissent des études mettant en évidence les relations entre mutations génétiques et comportements. Parallèlement, on réussit à identifier des substances chimiques liées à des marqueurs génétiques : les neurotransmetteurs. Ceci permettrait d’expliquer, en partie, les comportements. Deux chercheurs, les professeurs Noble (Californie) et Blum (Texas), entreprennent une vaste étude sur l’alcoolisme, démontrant que dans un groupe d’alcooliques donné, 69 % possédaient une séquence génétique particulière. Celle-ci a la propriété d’activer la dopamine (un neurotransmetteur possédant la possibilité de moduler le plaisir) intervenant ainsi dans les problèmes de dépendance. D’autres études suivirent, contredites par d’autres. Le débat scientifique s’élargit pour inclure la criminalité, l’intelligence et l’homosexualité. Dix ans plus tard, force est de reconnaître, à la lumière des études et des travaux récents, que, lié à un seul gène, un comportement complexe est réducteur. En revanche, il semble absurde de nier, dans certains états, les causes biologiques. Certaines anxiétés névrotiques, l’autisme, la schizophrénie sont reconnus pour avoir des causes biologiques. Selon le généticien Albert Jacquard (voir Le Figaro du 3 janvier 1996), le gène produit une protéine qui va elle-même constituer une hormone, telle que l’adrénaline par exemple. «Or ce n’est pas l’adrénaline qui mettra en colère le sujet. Elle permettra, tout au plus, de le mettre en colère dans un climat favorable». Conclusion ? Selon le Pr. Axel Kahn (Inserm/France), le fait que le gène soit représentatif d’un comportement particulier ne doit pas inciter à schématiser. «La présence d’un récepteur est importante. Mais une simple injection d’androgènes à une femme, poursuit Dr Kahn, peut provoquer des pensées érotiques, ces hormones sexuelles étant un excitant dépendant de l’existence du récepteur. Ce n’est pas pour autant le gène du désir sexuel. Il faut se garder des conclusions hâtives». En fait les chercheurs, dans le domaine de la génétique, reconnaissent que même si de nombreux gènes sont susceptibles d’être impliqués dans le comportement social, les données indiquent que le changement de l’expression d’un seul gène peut avoir un impact sur l’expression, ne serait-ce qu’en partie de certains comportements...
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