Les relations entre la France et la Syrie, un ancien mandat, ont connu une nette embellie ces dernières années, après avoir traversé une période noire dans les années 80, évoluant au gré de la guerre du Liban. Hafez el-Assad «aura marqué l’Histoire pendant trois décennies», a déclaré samedi soir le président français Jacques Chirac, après l’annonce du décès du président syrien, tout en rendant hommage à «son choix résolu et respecté d’engager son peuple sur le chemin de la paix». L’amélioration des relations franco-syriennes a été récemment attestée par la visite en novembre dernier de Bachar el-Assad, le fils du président syrien, à Paris où il avait chaleureusement été accueilli par Jacques Chirac. Cette visite marquait en fait les premiers pas sur la scène internationale de Bachar, son successeur désigné. Le choix de Paris comme première capitale occidentale pour cette «visite d’initiation» était en elle-même significative de la nouvelle relation entre Paris et Damas. Le choix de la France était tout à fait dans la logique de Hafez el-Assad qui avait lui-même choisi trois ans plus tôt Paris pour sa première visite officielle dans un pays occidental en 22 ans. Pour Hafez el-Assad, engagé depuis 1991 dans des négociations de paix difficiles avec Israël sous la houlette de Washington, la France pouvait jouer un rôle de contrepoids à l’influence américaine dans la région. De son côté, la France considérait la Syrie comme une porte d’entrée idéale pour renforcer ses positions dans la région. Mais les relations entre Paris et Damas sont loin d’avoir été aussi bonnes dans le passé. La période la plus noire a été marquée par l’assassinat de l’ambassadeur de France à Beyrouth Louis Delamare (1981), les attentats contre le contingent français et américain de la Force multinationale au Liban (fin 1983), qui ont fait respectivement 56 et 241 morts, et la prise d’otages français au Liban par des milices chiites pro-iraniennes. La Force multinationale au Liban avait en quelque sorte été imposée à Damas, présent militairement dans ce pays depuis 1976. Elle avait été envoyée après l’invasion israélienne de l’été 1982 au Liban. Le président français de l’époque, François Mitterrand, hostile à l’intervention syrienne au Liban, avait promis que cet attentat ne resterait pas impuni. Au début de 1984, les troupes de la Force multinationale pliaient bagage à la grande satisfaction de Damas. Entre-temps la Syrie avait réussi à faire déchirer «l’accord séparé» signé en mai 1983 entre le Liban et l’État hébreu, avec le soutien des Américains. Optant pour une politique plus «réaliste» vis-à-vis de Damas, François Mitterrand devait par la suite louer «le rôle positif et constructif» de la Syrie où il s’était rendu en visite d’État en novembre 1984. Quelques années plus tard, le cas du général libanais Michel Aoun montrait les strictes limites des difficiles relations franco-syriennes. À la tête pendant deux ans d’un gouvernement de militaires, le général Aoun avait lancé en 1988 une «guerre de libération contre l’occupant syrien» avant d’être évincé du pouvoir en 1990 par une offensive syro-libanaise. Aujourd’hui «oublié» par la France, où il vit en exil, il avait dû son salut à l’époque à l’intervention de Paris qui avait permis qu’il trouve refuge pendant de longs mois à l’ambassade de France au Liban. Depuis lors la politique de la France a soigneusement évité les frictions avec la Syrie. Paris a reconnu peu à peu que la situation au Liban ne pouvait être stabilisée contre la volonté de Damas. Réputé pour son habilité politique, bien que souvent isolé, le président syrien a toujours eu pour principal souci de voir reconnaître le rôle incontournable de son pays sur l’échiquier du Proche-Orient. L’arrivée de Jacques Chirac à la présidence française en 1995 a constitué un grand tournant dans les relations entre Paris et Damas. L’opération militaire israélienne Raisins de la colère du printemps 1996 au Liban – et le succès diplomatique obtenu par la France, cette fois avec le plein appui de la Syrie, dans l’accord de cessez-le-feu – a fourni aux dirigeants français l’occasion de satisfaire son souhait de peser sur la situation au Proche-Orient. Contre la volonté des Américains et des Israéliens, la France est parvenue à se faire inviter comme partie prenante à cet accord et à y impliquer Damas, comme les Syriens le souhaitaient. Fin 1996, la visite de M. Chirac à Damas a permis aux dirigeants français de parler de «dialogue renforcé» avec la Syrie. Un an plus tard, la Syrie est désormais qualifiée officiellement par Paris de «partenaire stratégique».
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