L’Iran a perdu hier, avec la mort du président syrien Hafez el-Assad, son meilleur allié au Moyen-Orient, mais a souhaité la poursuite de son alliance privilégiée avec Damas. Dès 1979, année de la victoire de la Révolution islamique, Téhéran et Damas ont scellé leur alliance, notamment tout au long de la guerre Iran-Irak (1980-1988) dans laquelle la Syrie a soutenu l’Iran, après une rupture fracassante avec l’Irak, quelques jours avant le déclenchement du conflit. L’Iran de son côté, hostile au processus de paix avec Israël, a rendu hommage à la «fermeté» de la Syrie sur la question du Golan, l’a soutenue dans sa politique au Liban et n’a jamais critiqué frontalement Damas pour avoir participé à des pourparlers avec Israël. Le fils du président Assad, Bachar el-Assad, qui devrait en principe succéder à son père, n’a pas effectué la visite prévue en janvier, destinée précisément à expliquer la position syrienne, après la reprise de discussions avec les États-Unis et Israël. Le chef de la diplomatie iranienne, Kamal Kharazi, qui fut, le 28 mai, un des tout derniers dirigeants mondiaux à rencontrer M. Assad, a rendu hommage hier soir «à la résistance et à la sagesse» du président disparu. «Il a conduit le bateau syrien dans les moments les plus difficiles, les plus complexes de son histoire, il a su l’amener au port de la stabilité et de la sécurité», a déclaré M. Kharazi, dans un message de condoléances au gouvernement syrien. «Nous formons l’espoir que l’œuvre conçue et accomplie par le président Assad pour assurer et perpétuer l’indépendance du pays et restaurer les droits légitimes du peuple syrien se poursuivra», a-t-il ajouté. Selon l’ambassadeur de Syrie à Téhéran, Ahmad el-Hassan, le président Mohammed Khatami devrait se rendre aux obsèques au regard des «relations très significatives et très fortes» qui unissent les deux pays. De même, la radio d’État iranienne a rendu un vibrant hommage au président Assad, le qualifiant de «grand combattant et grand résistant de la nation musulmane». «Sa mort est une très grande perte, pour la Syrie, mais aussi pour l’Iran. Le président Assad était un grand combattant, un grand résistant de la nation musulmane, et le Guide de la République islamique (l’ayatollah Ali Khamenei) avait une estime particulière pour lui», a dit la radio dans un commentaire. «Nous espérons que la Syrie continuera dans le chemin qu’il a tracé», a-t-elle ajouté, émettant aussi l’espoir que «l’amitié et la solidarité» entre les deux pays continuent, «comme par le passé». «La Syrie, après Assad, restera le meilleur allié de l’Iran dans la région. Certes, Téhéran s’est rapproché de ses voisins du Golfe, mais cela reste fragile et ses relations ne sont pas normalisées avec l’Égypte ni l’Irak et restent médiocres avec la Jordanie», souligne le politologue Iradj Rachti. «Parler d’alliance stratégique est peut-être exagéré. Les sociétés iranienne et syrienne évoluent différemment. Nul ne sait ce qui va advenir en Syrie et la situation politique iranienne aussi peut changer. Mais les deux capitales ont des relations spéciales auxquelles elles tiennent l’une comme l’autre», relève un diplomate occidental.
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