L’Ukraine s’est engagée à fermer Tchernobyl le 15 décembre 2000, mais cette décision historique n’éliminera pas la menace nucléaire posée par la centrale accidentée, estiment les experts. «Le casse-tête ne fait que commencer», a récemment mis en garde le Premier ministre ukrainien Viktor Iouchenko. Le président américain Bill Clinton a arraché lundi à Kiev au président Léonid Koutchma la promesse d’arrêter le dernier réacteur encore opérationnel de Tchernobyl, après cinq ans de tergiversations économico-politiques. Le quatrième réacteur de cette centrale avait explosé le 26 avril 1986, crachant pendant 10 jours des éléments radioactifs d’une intensité équivalente à 500 bombes d’Hiroshima. Le plus grave accident du nucléaire civil a contaminé une grande partie de l’Europe et aurait fait de 15 000 à 30 000 morts. M. Clinton n’était d’ailleurs pas venu les mains vides pour emporter cette décision «historique» qui améliorera sans aucun doute la sécurité nucléaire de l’Europe et du monde. Washington a notamment octroyé 78 millions de dollars pour renforcer la fragile chape de béton isolant le réacteur accidenté. Mais, l’héritage de Tchernobyl continuera pendant des décennies après la fermeture de la centrale d’empoisonner l’environnement et de menacer les populations avoisinantes. D’une part, l’opération de renforcement de la chape de béton, baptisée sarcophage, prendra au moins dix ans, selon les experts. En outre, une question majeure reste en suspens : que faire des quelque 160 tonnes de matériaux radioactifs contenus dans le sarcophage ? Extraire ce magma est une opération extrêmement compliquée, dangereuse et coûteuse. «Cela pourrait coûter 10 milliards de dollars. Pas un kopeck n’a été trouvé et aucune décision n’a encore été prise», explique un responsable de la centrale, Artour Korniev. Selon les experts, ces matériaux radioactifs pénètrent lentement dans les sols, contaminant les nappes phréatiques avant de se déverser dans le Dniepr qui alimente des millions de personnes en eau potable. Autre facteur inquiétant : personne ne peut garantir la stabilité de ce magma radioactif. «Une réaction en chaîne incontrôlée ne peut pas être totalement exclue», estime M. Korniev, tout en estimant qu’un «Tchernobyl bis» est malgré tout peu probable. Le problème le plus urgent reste le renforcement de la chape de béton qui, attaquée par les rayonnements et le mauvais temps, menace de s’effondrer. «Le sarcophage est miné par de nombreuses fissures» qui laissent quotidiennement s’échapper dans l’atmosphère des particules radioactives, avertit M. Korniev. Malgré l’aide de 78 millions de dollars promise par Bill Clinton, quelque 300 millions de dollars manquent encore pour mener à bien les travaux de renforcement. Une conférence se déroulera en juillet à Berlin pour tenter de réunir les fonds manquants. Sur les quatre réacteurs de Tchernobyl, seul le troisième est encore opérationnel. C’est un vieux réacteur RBMK de technologie soviétique et d’une puissance de 1 000 mégaWatts. Le réacteur numéro deux a été dévasté en 1991 lors d’un incendie. Le numéro un a lui été débranché en 1996 dans le cadre d’un accord avec les sept pays les plus industrialisés (G7). Deux usines sont en cours de construction sur le site de Tchernobyl pour traiter et stocker le combustible et les déchets nucléaires qui seront extraits du troisième réacteur. Après son arrêt le 15 décembre 2000, il s’agira de décharger et de stocker son combustible. Cette opération pourra prendre jusqu’à trois ans. Enfin, il faudra totalement démanteler l’installation. Le «retour à l’herbe», qui permet de rendre le site à la nature, peut prendre de 30 à 100 années supplémentaires.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Ukraine s’est engagée à fermer Tchernobyl le 15 décembre 2000, mais cette décision historique n’éliminera pas la menace nucléaire posée par la centrale accidentée, estiment les experts. «Le casse-tête ne fait que commencer», a récemment mis en garde le Premier ministre ukrainien Viktor Iouchenko. Le président américain Bill Clinton a arraché lundi à Kiev au président Léonid Koutchma la promesse d’arrêter le dernier réacteur encore opérationnel de Tchernobyl, après cinq ans de tergiversations économico-politiques. Le quatrième réacteur de cette centrale avait explosé le 26 avril 1986, crachant pendant 10 jours des éléments radioactifs d’une intensité équivalente à 500 bombes d’Hiroshima. Le plus grave accident du nucléaire civil a contaminé une grande partie de l’Europe et aurait fait de 15...