Maya Eid est un artisan qui travaille pour et avec l’Artisan du Liban, avec chacun de ces artistes qui possèdent un art à protéger et partager. À son tour, elle devient artisan-artiste, vole des regards, des visages, un savoir-faire, une nostalgie, enfin, et les transforme en sourires. Elle aime les gens, Maya, un à un et en groupe. Elle aime les regarder, les croquer, leur communiquer son énergie. En faire des tableaux, des collages, des sculptures. En faire des combats et des victoires. Sa vie professionnelle, une passion, ressemble beaucoup à son parcours artistique; les deux ont la même impulsion et motivation, les mêmes présences. Des gens, venus de partout, que Maya a trouvés, retrouvés, les a fait parler, être. Très jeune, déjà, elle les aimait sans le savoir, les fabriquait en pâte à modeler, avec le talent, la lucidité et l’humour d’une grande. L’humour… Elle en a développé depuis le sens, le goût, le langage. Toutes ses petites têtes aux expressions heureuses ont survécu au temps, enfermées – et heureuses – dans ses petites boîtes d’écolière également heureuse. On y voit déjà le souci du minuscule détail, le cil, la dent en or, le gigantesque travail d’une fourmi de dix ans. Quelques années plus tard, l’école finie, Maya peut enfin se consacrer à l’art qu’elle aime, puis le social, qu’elle chérit encore plus. En 1976, elle s’envole pour le Canada, libre enfin de toutes contraintes, livres et cahiers au feu, pour étudier, apprendre la décoration textile, «en fait le traitement textile, tout ce qui sert à décorer un textile, l’impression, la couture et la teinture» au Centre des arts visuels de Montréal. «Ces années ont été très importantes pour ma formation. J’y ai appris une façon de penser, une approche libre et, surtout, la certitude que tout est faisable». En 1980, Maya rentre au Liban où elle tente et réussit à affirmer que tout est possible. Les ailes de l’optimisme «Je suis optimiste sauf preuve du contraire !». Un optimisme qui lui donne des ailes, des couleurs, des formes dans la vie et sur tissus. Sa première exposition personnelle «L’art en soie» aura lieu en 1982, «c’est un peu l’histoire de la vie», à travers des matières nobles et belles, travaillées, teintes, rembourrées et offertes. Maya retrouve ses tissus préférés – après quelques années de silence – dans une «tricherie entre textures», un jeu, un dialogue entre ces matières privilégiées qui la fascinent. Les gens, encore absents de ses toiles, apparaissent dans sa vie. «Je travaillais alors dans le social, en formant des gens dans différentes institutions sociales, par le biais de travaux manuels, du bricolage, de la peinture… C’est ainsi que j’ai atterri dans le groupe du “Père Grégoire”». Avec Mgr Grégoire Haddad et son équipe, elle intègre en 1986 l’Artisan du Liban, «qui fait partie du mouvement social». Responsable de la production, elle y dépose tous les jours son énergie et cet optimisme qui lui confirme que tout est faisable. Avec Hala Abdel Hak, elle tente de créer des emplois à des «gens qui doivent vivre de ça», un groupe de personnes qui possède un patrimoine, un savoir-faire à récupérer et préserver. Ensemble, elles décident des produits à fabriquer, à partir de matériaux et d’une main-d’œuvre existants, qui ont besoin de vivre et revivre. «Il nous faut surtout trouver de nouvelles idées qui s’adaptent à la technique». Viennent ensuite le choix des couleurs, des modèles, une tâche à laquelle l’artiste s’attelle avec un plaisir évident. «Sans l’artisan du Liban, toutes mes idées ne seraient jamais sorties. Je suis très redevable à cette institution». Maya abreuve également son besoin de communiquer en enseignant aux éducateurs l’art d’apprendre les travaux manuels aux enfants. Sa troisième exposition a lieu en 1988; «Dessins et collages» met en scène les visages tant attendus, tant regardés et retenus, des visages tristes, chauds et intenses. «Je suis une personne gaie mais la tristesse me fascine, elle me prend au cœur. La gaieté est plus facile». En 1993, elle s’attaque – en douceur – au collage de techniques mixtes en y introduisant des textes, «de la récupération de publicité en phrases et en photos». Depuis, les visages et les tableaux de Maya évoluent, se froissent, se multiplient et sourient. Ses objets, fabriqués à l’occasion de «quand les artistes s’amusent», s’amusent et amusent à leur tour. Des bijoux étranges, des lampes peu ordinaires, des montres folles, des femmes en veilleuses ou des veilleuses en femmes, les «tantes d’Achrafieh», des couples assortis, des cubes obsédants, obsessionnels, bref le petit – mais grand monde de Maya qui voit le jour dans son éden et se met à vivre «au dehors». Maître en récupération, elle fouille fièrement dans les poubelles et y trouve des trésors qu’elle transforme en pièces d’art. «J’adore tout ce que les gens jettent !», ces gens «pleins d’histoires» qu’elle tente de comprendre, d’imaginer, de refaire. L’hôte séduit par le «monde selon Maya» et fasciné par le «monde de Maya» referme doucement la porte derrière ces objets désarticulés, jurant d’avoir entendu comme un bruit, une musique de fête et le murmure de gens heureux. Tout est possible ? Il faut le croire.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Maya Eid est un artisan qui travaille pour et avec l’Artisan du Liban, avec chacun de ces artistes qui possèdent un art à protéger et partager. À son tour, elle devient artisan-artiste, vole des regards, des visages, un savoir-faire, une nostalgie, enfin, et les transforme en sourires. Elle aime les gens, Maya, un à un et en groupe. Elle aime les regarder, les croquer, leur communiquer son énergie. En faire des tableaux, des collages, des sculptures. En faire des combats et des victoires. Sa vie professionnelle, une passion, ressemble beaucoup à son parcours artistique; les deux ont la même impulsion et motivation, les mêmes présences. Des gens, venus de partout, que Maya a trouvés, retrouvés, les a fait parler, être. Très jeune, déjà, elle les aimait sans le savoir, les fabriquait en pâte à modeler, avec le talent,...